ENTRETIEN AVEC CAMILLE ET CONSTANCE DE « Making Waves Zine » ET « Rosa Vertov »

« A l’intersection du punk, du féminisme et de la féminité »

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Commençons classique, par une présentation de vos activités et de vous-mêmes ?

On a toutes deux été assez actives sur internet, Camille a mené une série de mixtapes (Gunilla Mixtapes : http://gunillamixtapes.tumblr.com/) avec des groupes essentiellement féminins de punk et post-punk et Constance partageait ces dernières trouvailles punk/post-punk/DIY sur un blog (Very Special Story). On a démarré Making Waves en 2011, puis crée Rosa Vertov pour réaliser d’autres projet dans le même esprit. Camille étudie aussi le cinéma et Constance est diplômée des Beaux-Arts, de cinéma et d’un master de création multimédia.

Même si il existe des versions numérisées de « Making Waves Zine », pourquoi vous être orientés vers le zine papier ? L’époque n’étant malheureusement pas très propice à ce format ?

C’est plutôt amusant mais justement pour nous la question ne s’est pas vraiment posée. Je pense que dans la tête de tous les contributeurs, un fanzine, c’est en papier… Enfin, ce n’est pas que nous ignorons les possibilités du numérique ou qu’elles ne nous intéressent pas mais disons qu’en tant que collectionneurs de disques, de fanzines on accorde de l’importance aux objets et à la manière dont ils sont fabriqués… et puis, pour pas mal d’entre nous, faire un fanzine numérique aurait supprimé 50% du fun !

Cela dit, faire un fanzine papier ça a un coût, or on attache aussi de l’importance à ce qu’il puisse être accessible et que tout le monde puisse le lire, même sans argent pour l’acheter. On aime aussi l’idée que le PDF puisse être imprimé et relié de manière DIY par celui qui le souhaite, c’est d’ailleurs ce qu’on encourage les gens à faire ainsi qu’à le diffuser autour d’eux autant que possible !

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« Making Waves N°03 »

Dans la présentation de « making Waves zine », vous dites : « Nous avons pour but d’explorer les intersections du PUNK, du féminisme et de la féminité ». Quel a été l’élément « déclencheur » ?, Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser plus particulièrement à cette musique, ces groupes, ces mouvements, ces femmes ?

Making Waves est né du rassemblement d’un groupe de personnes autour d’une passion commune. La plupart des contributeurs du premier numéro étaient des personnes avec qui on échangeait “virtuellement” des disques et avec qui on partageait un intérêt pour les même groupes et la même période. Naturellement, on a eu envie de faire quelque chose tous ensembles. On avait (et on a toujours) le sentiment qu’il se jouait quelque chose à cette période (fin 70’s, début 80’s), au sein du mouvement post-punk, quelque chose de déclencheur pour les femmes. La plupart des groupes évoqués dans Making Waves sont assez méconnus et l’idée était aussi de leur rendre hommage tout en rassemblant des témoignages qui pourrait servir de ressources, et documenteraient cette scène.

L’envie de passer du simple rôle de « consommatrices » à celui « d’actrices », vous est venu tout naturellement ?

On a jamais vraiment eu l’impression d’être des consommatrices, parce que notre démarche a très tôt été active. La plupart du temps retrouver la trace d’un disque ou d’un groupe demande de faire des recherches, de contacter des gens, d’échanger (via la mailing list Typical Girls par exemple : http://lists.ibiblio.org/mailman/listinfo/typicalgirls). Avant Making Waves on avait, nous et tous ceux qui nous entourent, une démarche de partage de nos dernières découvertes, que ça soit à travers des blogs (One Chord : http://onechordisenough.blogspot.fr/, Boystown : http://boystown.tumblr.com/, Very Special Story) ou des mixtapes (Gunilla Mixtapes, TV Dinner : http://televisiondinner.tumblr.com/…). On se sent plus actrices d’une recherche, que simple consommatrices.

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« My Collection #1 – Are you a feminist ? – 2012 – ROSA028 – Edition de 36 pages, A5 »

En consultant les N° 01 et N° 02 de « Making Waves zine », je m’attendais à y trouver une mise en page plus D.I.Y., avec pas mal de collages dans tous les sens. Le fait d’une mise en page plus « sobre », c’est un choix ? Vous êtes nombreux/euses à participer à « Making Waves Zine », de plus, géographiquement assez éloigné(e)s, pour certain(e)s. pas trop de difficultés à boucler un numéro ?

Chaque contributeur est responsable de la mise en page de son article il peut la faire lui même ou demander à quelqu’un de la faire pour lui ! Évidemment, on a pas tous les même compétences, certain utilise Word, d’autres Indesign, d’autres tapent le texte à la machine à écrire pour le scanner ensuite…

Cela dit, c’est vrai que l’esthétique s’éloigne assez de ce qu’on a généralement en tête, c’est à dire de celle des fanzines punk avec des collages, des dessins, enfin fait mains, plus DIY. Pour nous l’idée n’est pas de rentrer dans un système de mimétisme, mais plutôt de créer une compilation de mise en page différentes et libre.

Boucler un numéro c’est toujours assez difficile, mais nous n’avons pas d’exigence éditoriale, le fanzine sort quand il est prêt. Si tout le monde se sent partie prenante du projet, les choses se font. Si un jour nous n’arrivons plus à boucler un numéro c’est que l’envie n’y sera plus !

YCP

« You can’t put your arms around a memory – 2014 – ROSA038 – Edition de 16 pages, A5 »

En 1979, la pochette de l’album « Cut » de THE SLITS, choque l’Angleterre. Elle avait aussi été mal interprétée par certaines féministes: pour elles, THE SLITS, se servaient de l’image de leur corps pour vendre leur disque. La publicité exploite, sans vergogne, la nudité et le corps des femmes, afin de faire vendre différents produits. Quelle est votre position, que pensez-vous des actions des PUSSY RIOT, qui utilisent leur corps à des fins militantes (ndlr : impardonnable confusion de ma part, mais Constance et Camille ont rectifié le tir = merci !) ?

Pour les Pussy Riot, ce n’est pas ce qui nous saute aux yeux, ou ce qu’on dirait d’elles. Lors de leurs actions à Moscou, elles n’étaient d’ailleurs pas dévêtues, au contraire elles étaient même masquées. Elles ont plutôt utilisées la musique pour faire passer leur message. L’utilisation du corps, serait peut-être plutôt l’affaire des Femen et dans leur cas ce n’est pas ce qui nous déplaît mais plutôt leur discours et leurs actions, ce n’est pas un féminisme qui nous ressemble. Il y a plein de moyens d’utiliser son corps à des fins militantes (comme montrer les poils de ses jambes : http://hairylegsclub.tumblr.com/) et si les idées sont intelligentes c’est ce qu’on retiendra et ce qu’on soutiendra.

En ce qui concerne les Slits, l’idée qu’elles ont voulu vendre avec cette pochette nous parait assez idiote, mais il faut la replacer dans son contexte, se présenter comme des amazones, couvertes de boue, à l’époque c’était subversif et ça le serait peut-être encore aujourd’hui !

Dans: « Les filles atypiques, l’histoire des SLITS » de Zoë Howe (aux Editions RYTRUT), Christine Robertson (qui fût manager de THE SLITS) dit: « Le monde était très ennuyeux à l’époque et bien que les femmes aient obtenue l’égalité des salaires en 1972, le rôle des femmes n’avait toujours pas changé: il fallait se marier, avoir des enfants et être une femme au foyer. Si vous étiez suffisamment intelligente, vous pourriez devenir professeure ou autre. Je ne me sentais pas vraiment concernée. J’ai vécu ma vie suivant une éthique PUNK. Sans que personne ne me dise ce que cela signifiait, j’avais décidé que TOUT ETAIT POSSIBLE, et je n’allais certainement pas suivre le même chemin que ma mère, assurément ». un mouvement, musical, artistique, peut-il (ou pourrait-il) encore bousculer les « Principes » établis dans notre société occidentale?

L’art de manière générale a toujours été un moyen d’expression important durant les luttes (le cinéma militant par exemple), mais peut-être qu’on ne perçoit la plupart du temps le côté révolutionnaire et subversif qu’après coup. Que ce soit concernant le droit des femmes, des personnes de couleurs ou queer, il reste encore du chemin à faire, le combat peut passer par l’art, alors les initiatives artistiques sont importantes, essentielles même et il faut les valoriser. On pense par exemple tout particulièrement au fanzine d’Osa Atoe “Shotgun Seamstress” (http://shotgunseamstress.blogspot.fr/). Et finalement les Pussy Riot sont aussi un bon exemple, elles ont réussi a faire passer un message qui a été entendu dans le monde entier.

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« Girls on tape : video gems from the 80′s -Playlists vidéo « 

Pouvez-vous nous parler de l’association « Rosa Vertov », quelles sont ses activités ? des projets ?

L’idée première est avant tout d’écrire et de partager autour de la musique, peut-être dans l’idée de communiquer autour de cette passion d’une manière qui nous ressemble plus, qui soit différente des traditionnelles chroniques et reviews, pour lesquelles on a généralement peu d’intérêt. Rosa Vertov a pris la forme d’un catalogue de projets qui rassemble des initiatives personnelles et collectives, il n’y a pas de limites de forme ou de support. On souhaite diffuser le travail de ceux qui nous entourent, qui sont souvent des collectionneurs et des passionnés.

Il y a sans doute là-dedans quelque chose d’un peu obsessionnel, ce qui arrive souvent lorsque l’on est passionné par quelque chose, on aime l’idée du chercheur amateur.

Il y a toujours des projets en cours, en ce moment on travaille sur des petites éditions autour de la danse et sur une édition avec Corentine Le Pivert. Constance sort aussi un nouveau fanzine, dès la fin de la semaine si tout se passe bien ! On réfléchi aussi à faire quelque chose autour des villes et des différentes scènes musicales… En tout cas ce ne sont pas les idées de projets qui nous manque !

Outre le fanzine et l’association, participez-vous à des groupes (musicaux), ou projetez-vous de vous y mettre ?

Constance fait du tambourin dans Sudden Death of Stars et essaye d’apprendre à jouer de la guitare, mais le temps manque un peu ! Camille n’y a pas réellement pensé jusqu’à présent.

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Des projets? Des envies? Des demandes ou souhaits ? Des rêves? (allez-y, je connais bien le Père-Noël)

On aimerait que d’autres personnes participent à Making Waves ! On cherche aussi à faire connaître le fanzine en France. On a beaucoup de retours des États-Unis ou d’Angleterre par exemple, mais ici le public manque un peu… En même temps, le fanzine est écrit en anglais ce qui peut peut-être rebuter quelques personnes. On aimerait intégrer encore plus de projets d’autres personnes au catalogue de Rosa Vertov et on a aussi deux soirées de concerts en préparation pour cette année.

Un jour, si on a plus d’argent on aimerait aussi pouvoir sortir des disques (sans en faire une priorité) donc si on devait demander quelque chose au père noël ça serait un peu plus d’argent et de temps !

Vous pouvez trouver « Making Waves » en dépôt ici :

Pop Culture Shop (23 rue Keller, 75011 Paris, FRANCE)
Bimbo Tower (5 passage Saint-Antoine, 75011 Paris, FRANCE)
Librairie de la Galerie du Jour Agnès B. (44 rue Quincampoix, 75004 Paris, FRANCE)
Blind Spot (32 Rue Poullain Duparc, 35000 Rennes, FRANCE)
ilostmyidealism (France)
Le Syndrome de Galilée (France)

http://mwzine.tumblr.com/

http://rosavertov.net/

https://www.facebook.com/makingwaveszine?fref=ts

(John Hirsute)

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