CHEETAH CHROME MOTHERFUCKERS – « The furious era 1979-1987 » – 2xLP – 2017 – (AREA PIRATA)

CHEETAH CHROME MOTHERFUCKERS

 

Alors que j’hésitais depuis de nombreux mois pour écrire dans L’HIRSUTE un dossier sur C.C.M., la crème du punk/hardcore italien des 80’s, retardant toujours le projet par manque d’informations concrètes et définitives, mais aussi parce que j’imaginais que plus personne ne pourrait de nos jours ressentir un quelconque intérêt pour ce groupe, voilà t’y pas que le label AREA PIRATA décide de sortir un double LP disponible également en double CD, regroupant l’intégralité studio de cette divinité. Après le moment d’intense émotion (C.C.M. reste pour moi l’une des références majeures de toute la scène internationale en matière de punk, toutes époques et tous continents confondus), je bus une Grimbergen chaude et décidai d’exposer ma joie, même si ici le mot « joie » peut paraître largement un euphémisme. Hystérie serait peut-être plus judicieux. Une discographie, vous rendez-vous compte ??? J’en suis encore abasourdi. Je respire par les naseaux et suis à vous. C.C.M. est peut-être le groupe le plus exceptionnel de la scène italienne des 80’s, scène elle-même sans doute la plus extrême, la plus jouissive, la plus invraisemblable, la plus radicale de cette décennie lointaine. Rappelez-vous simplement WRETCHED, NEGAZIONE, INDIGESTI, UNDERAGE, IMPACT, RAW POWER, INFEZIONE, KINA et tant d’autres. Donc, ici sont présents tous les disques studio sortis par C.C.M. : les EPs « 400 fascists » de 1981 et « Furious party » de 1985, le LP « Into the void » de 1986, mais aussi l’intégralité de la face de la split demo avec I REFUSE IT (1983) qui fut plus tard éditée sous forme de split LP avec 3 titres en moins côté C.C.M. (la place manquait, mais ces titres se trouvent sur l’enregistrement présent). Rajoutez à cela 3 inédits studio sortis sur la compilation cassette « Senza Tregua » en 1984, 2 titres issus de chutes studio de 1982 (dont un inédit), et vous obtenez à peu près tout de l’objet que je suis en train de vous présenter. Pas complètement néanmoins, puisqu’à la toute fin vient s’immiscer sans scrupules un inédit live de 10 minutes (improvisées ???) pour parachever le crime. Tous les titres studio sont donc ici représentés, même s’il manque une demo inédite de 1983, car si ma mémoire est toujours opérationnelle, ce dont je doute parfois, cette demo fut enregistrée avec plus ou moins les mêmes titres que sur la suivante, également de 1983, celle qui servit à la split cassette dont je viens de parler. J’insiste sur le mot « studio », car le LP « live at the SO 36 » (le SO 36 était, (est ?) une salle de concerts en Allemagne) durant la tournée finale de 1987 ne figure pas dans cette discographie. Maintenant, place à la musique et à l’atmosphère, C.C.M. est ce genre de groupes indéfinissables qui a puisé sans relâche dans plusieurs influences, pas toujours proches les unes des autres. Bien sûr c’est avant tout du punk avec ce son saturé, cette batterie explosive, ces riffs rapides et déstructurés, cette voix hurlée (peut-être la toute première de la grande Histoire du punk, puisque dès le premier EP de 1981 Syd Migx crie sa rage, comme tant d’autres le feront par la suite. Il semble cependant être le pionnier de toute cette génération qui se soignera aux divers sirops contre la toux, avec ou sans codéine, je suis toutefois ouvert pour découvrir tout autre vocaliste ayant gerbé son urgence de manière aussi dévergondée dans un micro avant 1981, fut-il de piètre qualité). C.C.M. est sans doute le précurseur de ce mouvement qui s’exprimera par des hurlements vomitifs qui sont toujours d’actualité. Ici ils sont aigus, féroces, comme arrachés des tripes, l’une de ces voix qui vous scotche à vie. Pour les textes, on copine largement avec le nihilisme, le désespoir, les paroles sont incisives, sans raccourcis mais éminemment efficaces. C.C.M. est ce groupe rare qui n’a quasiment jamais été copié (à part peut-être par les anglais de PLEASANT VALLEY CHILDREN entre 1989 et 1991, à écouter également pour un taquet sur la nuque), tant sa musique est riche : punk ultime, hardcore à la sauce états-unienne (mais accéléré jusqu’à la rupture voire le coma et le goutte-à-goutte), mais aussi jazz et même free jazz (écoutez ce court passage où ils jouent « L’Internationale » en jazz, dantesque !). On n’en peut plus de tant d’originalité, forcément je verse une larme tellement C.C.M. a compté et compte toujours dans ma vie. Rares sont les groupes qui se sont autant donnés, qui ont été jusqu’au bout du bout en matière d’énergie, d’agressivité et de sincérité, laissant la majeure partie de la scène d’alors sur une seule patte tellement on touche ici au sublime, au jardin d’Eden. Cette vague italienne des 80’s fut un incroyable coup de poing dans l’estomac (voir chronique du film « Italian punk-hardcore 1980-1989 » dans nos archives), mais C.C.M. envoie la balle encore bien plus loin, sans espoir de retour, d’une manière directe et sans concession aucune mais originale, certes en partie grâce à leur chanteur survolté, lequel ira user ses semelles boueuses du côté de la Hollande après la séparation de C.C.M., rejoignant en 1988 le groupe NO PIGS avec lequel, à cette période, rien ne sera malheureusement enregistré. Reste cependant une vidéo visible sur la toile, en 1988 justement, où le groupe joue un titre avec Syd Migx C.C.M. au chant et torse nu, très influencé par le BLACK FLAG de « My war », le temps de nous courber pour murmurer « chapeau l’artiste » sur cet extrait enregistré à Pise, ville de C.C.M (respect éternel). Plus tard, il aurait été membre d’un groupe italien du nom de THE RAVING, mais je ne trouve aucune information concordante. Puis il est devenu traducteur de romans de science fiction (j’ignore s’il continue aujourd’hui). Quant au guitariste il est toujours présent puisqu’il joue aujourd’hui du garage r’n’r écoutable partout sur le net sous le nom de DOME LA MUERTE AND THE DIGGERS. Du temps de leur existence, des membres jouaient également dans I REFUSE IT ! et PUTRID FEVER. Mais revenons à C.C.M. : la musique est d’une originalité à faire pâlir tous les prétendants à un style nouveau, que la plupart ne trouvent par ailleurs jamais. Accélérations, ralentis, tensions, torsions, on se croirait presque à un cours de fitness. Tout est à fond, sans fioritures, dans freins et sans équivoque. Comme intemporel. Ils tinrent le coup durant 8 années, soit environ 3 000 jours à fond sur le pédalier, de surcroît en démarrant leur carrière par un disque 45 tours (remarquable, voir plus haut). Et si vous êtes demandeurs d’anecdotes pourries quoique déprimantes, en voici une, la plus regrettable de ma déjà trop longue existence (je suis prêt à fournir les mouchoirs jetables) : C.C.M. ont joué à Clermont-Ferrand en mars 1987. J’étais impatient et enthousiaste de les voir, arqué fièrement dans mes starting blocks. Il se trouve que 3 jours (3 nuits pour être plus précis) plus tôt je plongeai au sens littéral du terme dans une fontaine située au centre de ladite ville. Le matin du concert de C.C.M. (un mercredi, l’épisode de la piscine improvisée ayant eu lieu un dimanche funeste), la fièvre la plus haute de toute ma vie me pris par surprise, me laissant définitivement sur le carreau afin de m’empêcher définitivement d’applaudir ceux qui étaient déjà parmi mes héros et mes mentors. En bref, je ne tenais plus debout et ai longtemps détesté la terre entière de les avoir loupés (je le regrette toujours, 30 ans plus tard). Ne riez pas, prenez part à ma peine (faites un effort), il s’agit là de mon plus grand regret musical, de ma plus grande déception cacophonique. Aujourd’hui encore j’ai tendance à vouloir influer sur ce jour-là, sans fièvre mais avec toute la hargne qu’il aurait fallu pour admirer C.C.M. Je me sens encore tout ramolli rien que d’y penser, surtout lorsque je pense à ces amis qui, eux, les ont vus (et appréciés, le comble ! Soyez damnés amis chers). Mais il suffit ! Séchez vos larmes de crocodiles et savourez ce qui est sans aucun doute possible l’une des plus belles traces de punk en matière de groupes, l’un des plus forts et inconcevables témoignages de la scène des 80’s, prenez un plaisir indicible, c’est tout le mal que je vous souhaite !! Ici se trouve le patrimoine ultime du punk, même si des inédits tels que « No fun » (THE STOOGES) et « Mercenaries » (NEGATIVE TREND), pourtant repris en concert, n’ont jamais été enregistrés en studio et sont donc absents de cette épopée vinylique. Ultime respect à avoir : C.C.M. ne s’est jamais reformé, et aura de fait été épargné par un retour poussif et nauséabond (suivez mon regard). Pourvu que ça dure, car les reformations s’effectuant plus vite qu’un dragster lancé à 430 kilomètres par heure avec un parachute vissé au niveau du trou de balle, nous ne sommes aujourd’hui à l’abri de rien ! Pour le dossier dans L’HIRSUTE, il n’aura pas eu lieu puisqu’il est présentement sous vos yeux ébahis sous forme de chronique, mais je vous conseille vivement d’aller user vos oreilles déjà dévastées sur ce monument du punk avant que le glas ne sonne une ultime fois. S’il y a un disque à posséder c’est évidemment celui-ci, ma mauvaise foi en fait foi ! Je peux mourir tranquillement, l’intégrale de C.C.M. est enfin disponible, même si je devrais m’en foutre éperdument, possédant tous les vinyles de cette perle rare et précieuse, l’une des seules fiertés de ma vie, mais tellement revendiquée !

https://areapiratarec.bandcamp.com/album/the-furious-era-1979-1987

 

(Warren Bismuth)

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