Georges SIMENON – « Le bourgmestre de Furnes »

Simenon-Le bourgmestre de Furnes

 

Jef Claes a mis enceinte son amie Lina qui souhaite avorter. Jef va demander à son patron, le très craint et très influent Joris Terlinck, par ailleurs bourgmestre de Furnes, petite ville de Belgique, de lui prêter l’argent nécessaire. Ce dernier refuse, ce qui provoque la tentative d’assassinat de Jef sur la personne de Lina avant de lui-même se suicider. L’affaire fait grand bruit, Lina, blessée, étant la propre fille de Leonard Van Hamme, ennemi politique acharné du bourgmestre. Van Hamme va d’ailleurs expatrier Lina à Ostende afin de faire taire les commérages. En vain. Terlinck le bourgmestre ne va pas tarder à aller rendre visite à Lina, découvrant une vie nouvelle, parallèle et apaisante. Mais le ver est dans le fruit et les conseillers municipaux de Furnes ne vont pas tarder à grogner alors que la femme de Terlinck se meurt. SIMENON et ses romans durs ! Celui-ci est particulièrement gratiné, froid, malsain, comme insensible dans l’horreur des sentiments. Terlinck étant un personnage au caractère très trempé, fort et craint. Il peut faire penser à des héros russes (SIMENON a beaucoup lu les auteurs russes du XIXème siècle, s’en est fortement imprégné) par sa robustesse et son impression d’insubmersibilité. Les autres figures du roman n’étant pas non des secondes frappes sans envergure. L’atmosphère est plus trouble que jamais avec tous ces gens se méprisant, se détestant, s’apostrophant sans hypocrisie, sans préliminaires, l’action naviguant entre Furnes et Ostende. Nous avons là un grand SIMENON à classer aux côtés d’une autre de ses grandes réussites : « Le Président », tous deux explorant l’influence politique de personnages solitaires et imposants. Petit détail qui a son importance : ce « Bourgmestre de Furnes » fut achevé d’écrire le 28 décembre 1938, laissant supposer que pour écrire un tel roman glacial en pleine période de fin d’année, SIMENON devait avoir une sacrée faculté de recul, voire s’ennuyer prodigieusement en famille et trouver le besoin de se retirer. Et cette date nous conforte un peu plus quant à notre point de vue que l’auteur belge a écrit ses meilleurs romans avant 1940.

(Warren Bismuth)

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