Entretien avec Guillaume de Trash Times

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1996 voit la naissance du premier numéro de TRASH TIMES, orienté cinéma bis… Série B… Cinéma d’exploitation… En 2005, TRASH TIMES cesse son activité, mais quand la passion est là on ne s’en débarrasse pas comme ça, n’est-ce pas Guillaume ? Et c’est en 2015, que ressurgit des marées ou d’une crypte abandonnée depuis des décennies, TRASH TIMES « Redux ». Le cinéma d’exploitation est toujours à l’honneur, mais se mêle dorénavant aux Comics et à la musique (Garage-punk, Punk Rock, Hard Core Punk). Rien d’étonnant à cela car ces nouveaux thèmes sont étroitement lié au cinéma d’exploitation, surtout lorsqu’il s’agit des 60’s et 70’s. C’est grâce à l’ami Thierry, de ROTTEN EGGS SMELL TERRIBLE, que j’ai pu découvrir TRASH TIMES et m’en délecter (NDLR : Vous pourrez trouver des chroniques dans les colonnes de l’Hirsute). Alors quoi de plus évident que de réaliser une interview commune, lorsque Thierry me l’a proposé. L’Hirsute remercie Guillaume TRASH TIMES de nous avoir accordé de son temps, et Thierry de REST pour cette co-interview.

 

D’entrée on dit que les fanzineux sont des écrivains ratés… et toi tu t’es jamais essayé au cinoche ? Même au collège avec un prof qui succombe à ses blessures, le prof de gym !!! Ah ouais moi ce serait le prof de gym attaqué par une pieuvre géante !!!!

Ah les « on-dit »… je m’en méfie comme des pieuvres géantes ! On parle souvent d’écrivain ratés mais jamais de fanéditeurs ratés. Et pourtant… Non, personnellement, j’ai jamais eu l’envie d’écrire un roman ou de faire un film. J’ai jamais envisagé le fanzinat comme une passerelle pour faire autre chose non plus.

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Bon après ce premier épisode digne de « Game of throne »… je voudrais dire qu’il y a une interview de toi très complète sur le site du « fanzinophile » qui cause beaucoup de ton « histoire » du coup je vais zapper un peu le passé même si ça a un peu tendance à me désarçonner tellement je cause d’histoire en général, bon tu es prêt ? T’as tes pop corns ?

Alors moi la question je me pose quand même c’est comment ça se fait que toi, à Bordeaux (la ville des regrettés Jacques Chaban-Delmas, Maurice Papon et Alain Juppé!) au temps du minitel et de la VHS tu aies choppé le virus de cette sous culture amerloque dégénérée alors qu’un fanzine sur l’art de la vinification du pinard du médoc aurait été géographiquement plus évident ?

Tu sais le bon vin rend certains films dégénérés plus supportables… et pas mal d’hommes politique aussi… dégénérés ou pas. Non, comme pas mal de gamins qui ont grandi à la fin des années 70 et début 80, j’ai pas mal été exposé à une culture américaine des 60s et 70s – via la télé, les BD, les VHS… Puis la découverte à l’adolescence de groupes comme les Ramones, les Cramps ou les Misfits, qui partageaient la même passion pour les freaks et les monstres ringards, a fini de me plonger dans cet univers de sous-culture rétro ricaine pour de bon. Mais j’aurais aussi bien pu me passionner pour la culture aveyronnaise. D’ailleurs Thierry, à quand un split-zine sur l’aligot et les tripous?? L’aligot, avec ou sans ail ? Roquefort ou dessert ?

Tu veux un coca au fait ? Et après on peut aller bouffer chez Ronald Osbourne, j’avoue que sur le coup Mac Sabbath t’as assuré !!!

Merci, j’aime bien leur second degré… mais j’apprécie ton humour aussi ! Trop de jeunes groupes se prennent au sérieux aujourd’hui.

 

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Bon retournons sur les bords de la Garonne ! J’ai quand même noté que tu avais l’appui de l’Utopia Bordeaux, c’est quand même bien de le signaler… c’est pas partout que les salles « officielles » soutiennent la culture « underground » ? Il y a d’autres lieux ou activistes à pas louper dans ton coin ?

Non, je n’ai rien à voir avec le réseau de salles Utopia, du moins pas directement. C’est mon pote Bertrand de l’asso « Monoquini » qui fait de la projo depuis une vingtaine d’années sur Bordeaux qui propose depuis deux ans une sorte de ciné-club mensuel accueilli par l’Utopia-Bordeaux. C’est toutes les nuits de lune noire, d’ailleurs c’est comme ça que s’intitule ce rendez-vous où ils passent aussi bien du Friedkin que du Fulci. Quand il a appris que je reprenais « TrashTimes » en 2015, il m’a proposé une carte blanche, puis on a remis ça en octobre dernier pour une soirée « Satansploitation » qui collait à la thématique du dernier numéro. Après à Bordeaux c’est comme un peu partout en France,  l’activisme underground et l’esprit indépendant survivent grâce à quelques assos qui se démènent pour faire tourner des groupes dans les derniers lieux pour les accueillir : je pense au « Voïd », à « L’Antidote », « la Fédé Anarchiste »… On a encore quelques boutiques aussi, le libraire « La Mauvaise Réputation », le disquaire « Total Heaven »…

La géographie c’est fait !!! Et plus sérieusement, tu as sorti 3 numéros en peu de temps… c’est quoi les principaux problèmes disons « techniques » (sataniques?) que tu as rencontré ?

Les principaux problèmes c’est moi qui me les impose car j’ai toujours tendance à vouloir trop en faire ou à vouloir tout faire tout seul. Un peu « control freak » sur les bords…

 

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Si c’était à refaire, tu foncerais pareil ? Qu’est-ce qu’on te dit autour de toi ?

Bien sûr ! Tu sais on est mi 2017, 4 numéros depuis deux ans je ne trouve pas ça énorme. J’aimerais pouvoir en sortir 3 par an mais actuellement c’est impossible.

 

Tu as bossé dans l’imprimerie, ça doit aider, mais c’est quoi ton secret pour une mise en page pareille, t’es graphiste aussi ? En plus on note une évolution impressionnante entre les #15 et 16 et pas qu’au niveau de la qualité du papier !?

Les  conseillères d’orientation n’ont jamais voulu m’envoyer apprendre la PAO parce que ma moyenne en maths était nulle. Du coup on m’a balancé pendant quatre ans sur des machines offset. J’ai reçu quelques bases de mise en page dans le cadre de ma formation, mais j’ai appris le reste tout seul en m’y intéressant, en cherchant, en lisant, en expérimentant avec des logiciels pour fabriquer mon fanzine. Y’ a pas de secret… La passion est un excellent moteur qui facilite l’apprentissage de plein de choses ! Ca, et les psychotropes ! Quand je travaille sur la maquette d’un numéro, j’aime bien me poser pendant quelques heures avec de la bonne musique et laisser aller mon imagination, m’imprégner du contexte de l’article. Au bout d’un moment, il y a un truc un peu magique qui se produit, une idée arrive et généralement ça s’enchaîne. J’ai une fâcheuse tendance à vouloir un peu combler tous les espaces libres par peur du gaspillage, ça doit venir de mon éducation… C’est la critique que m’avait fait un « graphiste pro » y a pas si longtemps. Ça m’avait amusé. C’est clair que la maquette de TT ne fait pas dans l’épure.

L’iconographie aussi est impressionnante, comment tu procèdes quand tu travailles sur un « dossier » ?

J’essaye de faire en sorte de trouver des photos pertinentes par rapport au texte. Ça peut être des photos papier que je numérise par sessions ou des images numériques glanées par là.

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Justement, comment te débrouilles-tu avec les droits d’auteurs, car comme le dit Thierry : « l’iconographie aussi est impressionnante » ?

On place quelques mentions légales de coutume dans l’ours pour prouver notre bonne foi de publication de passionnés et d’association à but non lucratif. Mais avec notre budget et notre faible tirage je doute qu’on intéresse grand monde et qu’on vienne nous réclamer quelque-chose…

T’as des contacts avec les autres magazines qui tournent autour du sujet ?

Oui, je corresponds avec quelques camarades fanzineux… depuis plus de 15 ans pour certains ! J’en rencontre aussi… Dernièrement, j’étais sur Paris et on a bu une bière avec l’ami Daniel de « CheriBibi »…

 

J’ai noté (sur fb) que les points de ventes se multipliaient, c’est un gros boulot aussi de faire le VRP, pour ça aussi tu es tout seul ?

Oui, c’est de la prospection que je fais seul. Parfois, c’est un peu ingrat dans le sens où personne ne te répond… mais d’autres fois ça fonctionne et ça apporte au zine une nouvelle exposition et de nouveaux lecteurs. Récemment un nouveau lecteur m’a écrit pour me dire qu’il avait acheté le zine chez un libraire à Marseille, chez qui j’avais envoyé mes échantillons sans jamais avoir reçu de réponse. Bien sûr, je ne m’attends pas à ce que ce libraire me demande une facture… mais je suis content car ça nous a au moins apporté un lecteur, ravi, qui plus est.

 

Tu as beaucoup d’abonnés et est-ce que t’as une idée du « profil » de tes lecteurs ?

Le nombre d’abonnés est croissant. Le profil du lecteur ? Je pense que ça doit tourner aux alentours des 30-50 ans, amateur de pop-culture rétro et de rock, plutôt curieux et certainement de très bon goût !

 

 

 

Pour en revenir au sommaire, tu es « amerloquophile » mais il doit bien y avoir de la lecture ou des pellicules européennes que tu trouves incontournables ?

Oui, bien sûr, on a parlé péloches japonaises, philippines, françaises, italiennes, suisses, turques – même ! – dans les quatorze premiers numéros. Dans le registre de « TrashTimes », j’adore les films d’épouvante espagnols, avec une certaine affection pour ceux avec le regretté Paul Naschy…

Dans les numéros 16 et 17 de « TRASHTIMES » les articles et interviews sont pieds et poings liés à un thème. Est-ce que les futurs numéros suivront ce schéma (sochisme) ?

Dans chaque numéro, on fait des dossiers qui prennent plus ou moins de place (« Something Weird Video » dans TT15, « Vampirella » dans TT16, Santo dans TT18). On a aussi instauré des numéros spéciaux avec une seule thématique comme TT17 et le gros dossier sur Satan dans les 70’s. On ne prétend jamais faire de dossiers de fond ultra exhaustifs, on préfère aborder une thématique par différentes facettes originales et toujours à travers les canaux de la culture populaire rétro : ciné, musique, bande-dessinée, littérature… On a déjà prévu de refaire des numéros spéciaux, à un rythme d’un numéro sur trois ou quatre… car ça demande beaucoup de travail et d’organisation.

Toujours dans le futur, « TRASHTIMES » sexe-primera-t-il sur d’autres styles de cinéma underground ? Comme le « Roman porno » japonais, les films d’arts martiaux, les westerns spaghetti ou sur le cinéma absurde de Jean-Jacques Rousseau ?

On a un peu traité tous ces genres dans les 14 premiers numéros du fanzine, que ce soit dans le cadre de chroniques de films ou d’articles. Après, je ne vois aucun intérêt à refaire un énième dossier sur le western spaghetti, ça été fait 100 fois, il y a même des livres très complets en français là-dessus. Personnellement, il faut toujours que je trouve un angle particulier qui me passionne, qui me motive à aborder un sujet aussi visité.

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T’as du bol il y a quelques années en arrière j’avais une série de questions nazes où je demandais quel était ton film de De Funès préféré !!!?

« Le Gendarme et les extraterrestres » ?

Du coup tant que le fer est chaud… je continue avec une question intello ! Même si pour certains la sous culture dont on cause peut paraître peu politisée et datée, penses-tu que les récents évènements politiques US influent sur le sujet qui nous intéresse ? (j’avoue qu’en relisant la question j’ai du mal à la comprendre!)

… possible ?

Daniel Cheribibi il a fait une émission sur France Culture «arts martiaux et lutte des classes » et toi tu fais du sport et accessoirement t’aimerais pas faire de la radio!!!?

Aucun des deux ! J’ai eu ma ceinture jaune de karaté y a longtemps, mais depuis je préfère fumer des clopes et faire mes activités de jeune quadra.

On a l’impression que la culture populaire devient un peu une culture élitiste, non ? Et que la culture du grand capital avec des films gonflés au fric sont eux les films populaires ?

A mon avis, on ne peut pas comparer la culture de masse des grosses corporations d’aujourd’hui à la culture populaire d’autrefois. Elle peut te paraître élitiste mais c’est uniquement parce qu’avec le temps elle devient moins  accessible que la soupe qu’on sert partout. Elle demande un petit effort de recherche, une démarche qui en vaut la peine je pense.

Ce qui est un peu frustrant quand on lit tes pages c’est qu’on aimerait jeter un œil sur telle ou telle référence, sonore ou papier… et paf c’est compliqué voire impossible, comment je fais !!!!?

Avant c’était bien plus compliqué, crois-moi. Aujourd’hui on trouve tout avec internet, quelques notions en anglais, un peu de temps et de patience.

 

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« Rest » est quand même un zine « musical » du coup on va parler de zique… alors d’entrée Coven … où t’es allé chercher ça !!!?

Ben nulle-part, c’est Geoffrey, un de mes collaborateurs qui m’a fait connaître ça quand on a préparé le dossier sur Satan. C’est le genre de découvertes que j’apprécie car c’est assez éloigné de ma culture et de mes goûts musicaux…

Dans la zique aussi les mélodies que tu aimes arrivent tout droit d’outre atlantique ?

Disons qu’à la base je suis plus Johnny Thunders que Johnny Rotten ou Hallyday… Après, dans la scène actuelle, je vais voir de tout et le plus souvent des groupes français. Je ne fais pas de fixation particulière là-dessus, mais j’aime bien pouvoir comprendre les paroles.

 

C’est quoi disons ton premier émoi musical « conscient » ?

Carlos, je pense… mais ce n’est pas vraiment conscient. Je dirais les Dead Kennedys, que j’ai découvert tard, entre « Give me Convenience or Give me Death » et la sortie de la compilation « Virus 100 », par le biais de potes plus âgés qui habitaient la même résidence que moi. En dehors de l’énergie incroyable, il y avait une dimension politique et sociale passionnante à découvrir quand tu t’intéressais aux paroles, la personnalité et le charisme de Jello Biaffra, les illustrations et les montages de Winston Smith. D’emblée j’étais plus dans cette forme de punk que du côté anarcho et crèteux des Bérus et autres groupes de l’alternatif français.

 

J’ai lu que t’avais failli faire un zine avec le gars qui fait « la nouvelle revue informative » qui lui aussi conserve un rythme de parution soutenu !?

Oui, avant de relancer « TrashTimes », j’ai rencontré Cyril qui avait un stand de fanzines dans un concert des Oh Sees. On a sympathisé. Il avait sorti plusieurs numéros de sa publication consacrée au Garage, « Target », mais voulait faire un truc différent. Moi j’avais repris le goût d’écrire en collaborant au magazine « Metaluna » et je voulais refaire un fanzine mais plus diversifié. On avait plein de références culturelles en commun et pendant quelques mois qu’il était encore à Bordeaux on a essayé de mettre au point un truc ensemble. Mais ça n’a pas fonctionné, on avait du mal à se partager le boulot et on n’avait pas la même finalité je pense. Bref, dans la foulée tant que j’étais galvanisé par l’expérience, je me suis consacré à la version « redux » de « TrashTimes » qui est sorti à l’été 2015. Cyril est retourné sur Paris, et en 2016 il a lancé « La Nouvelle Revue Instructive », qui évolue bien.

 

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Tu traînes dans les concerts ? Qui ou qu’est ce qui te motive à craquer des biftons pour transpirer au milieu des décibels ?

L’affiche, les groupes, le style musical, comme tout le monde, je pense. Après je déplore les restrictions dues aux nuisances sonores, qui font que les concerts commencent toujours plus tôt. Alors des fois, faut choisir : s’éterniser un peu à l’apéro au risque de rater la première partie. C’est dommage.

 

Ce numéro de « REST » devrait sortir pour l ‘été, on aura peut-être déjà lu le #18 de « TrashTimes » avec… ?

C’est un numéro plus varié que le précédent. Y a du catcheur masqué mexicain, du hardcore, avec une interview d’Harley Flanagan, un papier sur le film de gang culte, Les Seigneurs, un article sur Gibsonton, le refuge des forains et des monstres de foire à la retraite, un entretien avec un illustrateur belge et avec un jeune cinéaste canadien amateur d’effets-spéciaux à l’ancienne image par image… J’ai eu de bons retours, notamment du camarade Julien Sévéon, avec qui je correspondais beaucoup au début du fanzine. Ça fait plaisir.

Et il y a quoi dans tes projets réalisables ou pas d’ailleurs ?

Rien d’extravagant, élever mon gamin du mieux que je peux, continuer mon fanzine le plus longtemps possible et reprendre le petit groupe de garage-punk qu’on a un peu laissé tomber avec les copains… Pas facile de tout concilier, je suis comblé.

« TRASHTIMES », remettra-t-il au goût du jour le poster central ? Il y a de quoi faire au niveau graphisme dans le cinéma underground des 60’s ou 70’s.

C’est pas si éloigné, mais je pense instaurer un cahier central à partir du prochain numéro. Bientôt la pin’up !

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Bon je crois que c’est ok, t’as peut être un truc à ajouter avant de partir, je viens de chopper le « Dracula » de Morrissey / Warhol (ce pauvre Dracula qui se fait piquer ses copines par un jardinier communiste !!!!) je vais aller le re-voir, et toi t’as un truc sous le coude ou tu vas voir le match à la téloche !?

Non, merci, je bosse déjà sur le N°19 !!

 

http://trashtimes.tictail.com/

https://www.facebook.com/TRASHTIMES/?ref=br_rs

Thierry de « R.E.S.T. » et John Hirsute

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