Samuel BECKETT – « Le dépeupleur »

 

Nous voilà prévenus dès les premières lignes : « Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine ». Courte nouvelle, à moins que ce ne soit autre chose, un manuel de mathématiques brossé par ESCHER, un univers clos et absurde décrit par un KAFKA abscons et glacial. Un gros cylindre avec des gens dedans de diverses castes, agglutinés tels des rats de laboratoire dans une roue. On ne comprend pas tout. Description d’un régime totalitaire, concentrationnaire ? Récit labyrinthique, audacieux, sans histoire, sans morale (ou alors j’ai raté une marche), énigmatique. Et pourtant on va jusqu’au bout, pour tenter de comprendre, de diluer cette complexité. On en ressort sans ressorts, vidé, mais satisfaits d’avoir passé un court moment avec cette écriture tranchante et d’une rare froideur. On est loin des facéties de « En attendant Godot ». BECKETT est le cas typique de l’auteur difficile d’accès que pourtant nous allons relire afin d’y trouver des clés. Sorti en 1970 aux EDITIONS DE MINUIT, des cauchemars ont dû hanter certains lecteurs après une telle expérience littéraire.

 

(Warren Bismuth)

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