Philippe CLAUDEL – « Le rapport de Brodeck »

 

La trame du livre est contenue dans le titre : un certain Brodeck va être désigné pour écrire un rapport suite au meurtre de « L’Anderer », « l’autre », « l’étranger ». L’action se déroule dans un village au sortir de la guerre, probablement la deuxième guerre mondiale, même si rien n’est précisé), sans doute à la frontière franco-allemande (sans certitude). Un village ravagé par la méfiance de l’autre, celui que l’on ne connaît pas. Pourquoi cet « Anderer » est-il venu s’installer ici plutôt qu’ailleurs ? Les masques vont tomber, la guerre a changé les hommes, l’après est synonyme de comptes à rendre, de comptes à SE rendre. Un roman instable où les souvenirs se mêlent avec le présent, les souvenirs du narrateur Brodeck, déporté jadis, ceux de l’enfant Brodeck, ce qu’il a vu, connu, entendu. Il y a Emelia, l’amoureuse de Brodeck, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, Diodème, l’intello, le pote, l’instit’, qui va se suicider, puis le curé, confident de l’ombre. L’auteur ne juge pas, ne désigne pas, il laisse planer un doute constant, pour que le lecteur se fasse sa propre opinion. Il n’impose pas le lieu ni la date de cette histoire, la voulant intemporelle, comme pour nous dire que de tous temps les hommes ont été lâches, méfiants et cupides. Pour faire passer la pilule, il a décidé de placer l’intrigue dans une ravissante contrée rurale, où en temps normal on s’imagine passer des vacances harmonieuses et apaisantes. CLAUDEL suggère, guide, par une écriture puissante, des descriptions précises. Roman paru en 2007 chez STOCK, ressorti depuis en poche.

 

(Warren Bismuth)

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