Max BROD – « Franz Kafka – Souvenirs et documents »

 

Biographie notoire puisque écrite par l’ami le plus proche de KAFKA durant sa courte vie (ils se connurent à l’école et ne se quittèrent pour ainsi dire jamais), mais aussi devenu exécuteur testamentaire des écrits de KAFKA après sa mort en 1924. A ce propos, KAFKA demandera bien à BROD de détruire tous ses manuscrits, BROD n’en fera rien, c’est ainsi que le monde a eu la chance de lire l’un des plus grands écrivains qui soient. Cette biographie, c’est donc celle d’un ami, mais aussi en quelques sorte celle d’un génie, où BROD décortique, parfois ardûment, la pensée de KAFKA (qu’il nomme « Kafkéenne »). Si l’on suit le KAFKA privé, l’homme, c’est par le biais de ses convictions, que BROD développe d’une manière qui peut rebuter, sentiment pour le lecteur d’être au cœur d’un livre philosophique. Mais on découvre les rapports de KAFKA aux femmes ainsi que son désir de rester incognito, humble, malgré quelques sursauts un brin orgueilleux. Bien sûr, la relation houleuse et inégalitaire ave son père est traitée, notamment par le biais de cette « Lettre au père » d’une violence totale où KAFKA reproche à son paternel de l’étouffer et de l’humilier. BROD parle du caractère et du quotidien de KAFKA pour nous aider à déchiffrer certains de ses écrits, des nouvelles notamment. Bien entendu, il revient longuement sur la santé précaire de l’écrivain, entraînant des idées noires, des insomnies, mais il n’oublie pas son humour bien présent. Les derniers chapitres sont consacrés à l’intérêt que KAFKA a pu avoir pour le judaïsme sur les dernières années de sa vie, son apprentissage de l’hébreu, l’avènement d’une certaine « croyance ». Attention, cette biographie ne me semble pas convenir aux novices de KAFKA : il faut connaître un peu sa vie avant d’embarquer dans ce livre un peu difficile à suivre par moment. De plus, les nombreux extraits d’écrits, de journal, de lettres de KAFKA (mais aussi des écrits de ceux ou celles qui l’ont connu) sont imprimés avec une taille minuscule, ce qui peut gêner la lecture, notamment quand il est question de la « philosophie » selon KAFKA, où là on s’y reprend à plusieurs fois pour bien imprégner le message. Cependant, de par le fait qu’elle a été écrite par le personnage qui a sans doute le mieux connu KAFKA, elle me semble indispensable à lire pour tout « kafkéen » qui se respecte car c’est un témoignage de toute une vie.

 

(Warren Bismuth)

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