Leonid ANDREIEV – « Les sept pendus et autres récits »

 

Six nouvelles forment le recueil de ce livre électronique, écrites au tout début du XXème siècle, sur lesquelles plane inexorablement l’ombre de la mort. La mort sous toutes ses coutures : meurtres, maladies, condamnations à mort, mais aussi les morts des autres souhaitées en rêve. Il faut dire que le gaillard a mis tous les atouts de son côté pour côtoyer la faucheuse : après une tentative de suicide ratée, il mourra des suites de ces séquelles en Finlande en 1919, à moins de 50 ans. Toutes les nouvelles contenues dans cet ebook ne sont pas indispensables, mais « Les sept pendus » et « Le mur » sont d’une puissance évocatrice qui n’a rien à envier aux grands auteurs russes du XIXème siècle ou contemporains d’ANDREIEV. Dans la première, assez longue, cinq « terroristes » (visiblement anarchistes ou nihilistes) sont condamnés à mort après une tentative d’assassinat sur un gouverneur. Ils se retrouvent aux côtés de deux autres condamnés pour meurtre. Chacun de ces futurs pendus va affronter la mort de manière très différente que celle de ses acolytes. « Les sept pendus » peut être rapprochée de la courte nouvelle que nous avions déjà présentée ici et qui se nomme « Le gouverneur », avec ce côté Hugolien énergiquement hostile à la peine de mort. « Le mur » est une courte nouvelle assez kafkaïenne où tout un peuple de pauvres, de rejets de la société, se trouve face à un mur et souhaiterait voir ce qui se passe de l’autre côté, ils imaginent l’Eden, le Nirvana, ils vont rêver de passer de l’autre côté. Ces deux nouvelles sont particulièrement sombres, noires même, la prose est dans un pur style russe classique, les personnages sont assez creusés pour un format « nouvelles », on ressent le désespoir de citoyens victimes d’un régime autoritaire à l’agonie (ces nouvelles se situent en plein tsarisme vieillissant). S’il y a un côté romantique, il est vite balayé d’un revers de la main pour laisser place à des amours impossibles, douloureuses. ANDREIEV éprouve, à l’instar d’un TCHEKHOV, beaucoup de compassion pour ses malheureux frères d’armes, un écrivain humaniste qui a pourtant sombré dans l’oubli. Pour la petite histoire, les EDITIONS CORTI ont sorti l’intégrale de ses nouvelles (une centaine) en plusieurs volumes entre 1998 et 2002, ainsi que des pièces de théâtre. Pour les chanceuses et chanceux possédant une liseuse, elles.ils peuvent (re) découvrir cet auteur (notamment les deux nouvelles commentées ci-dessus) par le biais d’epub, notamment grâce au travail de titans de la BIBLIOTHEQUE RUSSE ET SLAVE dont nous reparlerons sans doute dans ces pages. Pour celles et ceux qui aiment se faire mal aux yeux sur un écran, sachez que ces mêmes nouvelles sont disponibles, également gratuitement, en version PDF à la même adresse.

 

(Warren Bismuth)

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