Julian BARNES – « Le fracas du temps »

 

Notons en préambule que je suis absolument ignare en musique classique et que ce n’est pas ce thème qui m‘a fait lire ce roman, une biographie romancée du compositeur Dmitri CHOSTAKOVITCH. Artiste surveillé par le pouvoir stalinien, mis à l’index en 1936 suite à une prestation jugée contraire à la morale russe, une interprétation du « Lady Mc Beth de Mzensk », roman de Nikolaï LESKOV. CHOSTAKOVITCH tour à tour interdit, surveillé, manipulé puis encouragé à glorifier le pouvoir en place. Derrière cette biographie, c’est la vie d’un artiste sous le régime stalinien qui est décrite : marge de manœuvre nulle, intimidations, mensonges, pressions sur les familles. Beaucoup de ces artistes quitteront alors l’URSS, d’autres resteront, souvent devenus comme apathiques. C’est le cas de CHOSTAKOVITCH, superstitieux des années bissextiles puisque c’est dans ces années-là qu’il lui arrive les pires problèmes avec l’Etat. Bref, le Dmitri va se retrouver à lire des discours en public où il fait un triomphe à la politique en place. Un détail : ce n’est pas lui qui écrit ses textes, ils les découvre même au moment où il les lit. Certes, Staline va lever les bottines (une heure après Prokofiev qui lui s’était exilé, et n’apprendra jamais pas définition la mort du tyran) en 1953, mais Khrouchtchev lui succède, et même si cela paraît un peu plus allégé au premier coup d’œil, la politique du père Nikita n’est pas une partie de plaisir. CHOSTAKOVITCH, c’est à la fois ce renoncement devant le pouvoir, l’allongement face à la dictature, et un désir sans bornes de poursuivre son art. Il mourra en 1975, ne connaissant pas l’année bissextile 1976. Roman très intéressant pour replonger au cœur du processus stalinien et le sort réservé aux artistes potentiellement dangereux pour le pouvoir, paru en 2016 chez MERCURE DE FRANCE.

 

(Warren Bismuth)

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