Jean TEULÉ – « Darling »

 

Elle s’appelle Catherine. Tout ce qui a croisé son regard a souffert. Elle a d’ailleurs dû se regarder souvent dans un miroir. Avant même sa naissance, une panique se déclenche à la fête aux bestiaux d’un village alors que sa mère est enceinte d’elle. Puis le curé qui tombe raide mort la première fois que Catherine met les pieds dans une église. Ce n’est que le début : un frère suicidé, un autre mort dans un accident de camion alors qu’elle tentait de faire stopper l’engin sur la route. Car elle est fanatique des routiers, elle rêve, elle fantasme, mieux, elle jouit devant les camions, les routiers. Elle va finir par en rencontrer un par le biais du vieux réseau des CB, se marier avec lui. La plus grosse erreur de son existence, elle en parlera dans ce livre. Elle est allée en enfer plus que sur les routes. Avant lui, mais surtout avec lui. Vous apprendrez dans quelles atroces circonstances elle a dû faire la poule et pondre dans son jardin un soir de biture. Elle lui a pourtant fait des gosses à ce grand malade, trois. Tous traumatisés par ce qu’ils ont vu, entendu. Catherine a subi d’invraisemblables violences conjugales, des pénitences dépassant l’entendement. Puis il y a eu l’alcool. Dans le langage des cibistes, Catherine se faisait appeler Darling. Elle a souhaité qu’il en soit toujours ainsi après. Jean TEULÉ l’a rencontré. Lui non plus ne ressortira pas indemne, d’autant qu’il s’agirait de sa cousine. Il va encaisser ce récit surréaliste d’une femme qui semble avoir vécu plusieurs vies tant les catastrophes ont émaillé son parcours. Il va en faire le compte rendu, sans monter dans les trémolos, sans en rajouter. Il n’y a d’ailleurs pas besoin d’en faire des caisses, lire la destinée de cette vie est tout simplement glacial, comme une sorte d’inhumanité plongée au cœur de l’humain. C’est cru, c’est violent, mais à la fois attendrissant. Les dialogues entre guillemets sont les véritables échanges entre Catherine et Jean TEULÉ, ils sont intimistes, comme un besoin de rire ou de détendre une atmosphère rongée par le vice. Livre témoignage sorti en 1998. Un conseil : munissez-vous d’une carapace ou d’une armure avant de le pratiquer. La version cinématographique de Christine CARIERE est également très réussie, à lire et à voir donc.

 

(Warren Bismuth)

Publicités