Jacques JOSSE – « Le veilleur de brume »

 

Un bouquin qui déroute pour nous pauvres humains qui avons besoin de cases pour étiqueter, comparer, peser. « Le veilleur de brume » est un livre séquencé en une quarantaine de textes sur quelques 85 pages. Oui, un livre, car difficile d’en dire plus. Ces textes, certains très brefs, sont des micro-nouvelles, à moins que ce ne soient des poèmes en prose, ou des « millirécits ». Ou peut-être des contes laconiques ou des mini-fables, et pourquoi pas des tranches de vie de quelques secondes, qui sait ? Tout ce dont on est sûrs (et encore pas toujours), c’est qu’ils parlent de la Bretagne, celle d’autrefois, oh pas celle des siècles d’antan, non, plutôt celle du milieu du XXème siècle, avec les traditions ancrées, les bistrots, les bitures, la ruralité, l’appel des morts, les souvenirs de ces morts, les fantômes ressuscités. JOSSE en profite pour faire brièvement revivre trois auteurs, nous en rappelle l’existence. Mais chez JOSSE le talent vient de cette écriture, débraillée, hypnotique, allégorique, onirique, extrêmement épurée, d’une lenteur rythmant les mots comme un tournis à fond de cale d’un chalutier. Car les ports, la pêche, sont là aussi. JOSSE se lit en noir et blanc, car oui c’est noir avec ce brin de blancheur par extraits de phrases. Un exercice de style qui emmène vers l’ailleurs avec comme tout bagage un pessimisme optimiste, un nihilisme jovial, une résignation positive. De la buée sur les lunettes est à prévoir, le temps se couvre, il pourrait y avoir du crachin. Paru en 1995 au CASTOR ASTRAL et à LA RIVIÈRE ÉCHAPPÉE. En pages centrales trônent des photos de circonstance qui fleurent bon les algues marines.

 

(Warren BISMUTH)

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