Ivan BRUN & Tristan PERRETON – « Prof. Fall » – 2016

 

Dans les vieux milieux de la scène punk DIY squat et plus si affinités, Ivan BRUN est connu comme un élément majeur du groupe lyonnais et bruyant COCHE BOMBA qui écuma les concerts de manière redoutable du milieu des 90’s jusqu’aux années 2000, se produisant alors que plus parcimonieusement pour finir par disparaître plus ou moins. Ivan réalisait d’ailleurs les pochettes de disques desdits COCHE BOMBA. Revenons au sujet initial, cette BD. Longue et épaisse. Un scénario issu du livre de Tristan PERRETON paru en 2005, digne d’un film noir. Michel, un lyonnais peu épanoui dans son travail d’assureur croise le regard d’un inconnu dans un bar sordide et a la faiblesse d’entendre l’une de ses conversation à propos d’un « coup » ayant eu lieu sur une appropriation de diamants. Grand mal lui en prendra, d’autant que Domingues, l’inconnu, ne va pas tarder à se défenestrer. Michel, dépressif, commence un traitement médicamenteux visiblement assez fort. Son problème ? L’alcool. Il ne peut l’arrêter malgré le fait qu’il sait qu’il ne fera pas bon ménage avec les cachetons ingurgités au quotidien. Pertes de mémoire, pétages de plombs, hallucinations. Dans ces moments de flottement, il va rencontrer des putes, par ailleurs en lien avec cette « enquête » qui le préoccupe (le Domingues en question étant proxénète), puisqu’il a trouvé une partie du magot, c’est-à-dire les diamants dont parlait Domingues au bar avant de se balancer par la fenêtre. Dans cette BD à la fois polar, étude psychologico-psychiatrique (la psychiatrie est très présente dans cet album), ambiance fantastique et mémoire historique sur certains événements réel ayant eu pour cadre le Mozambique et l’Angola, on se sent mal à l’aise mais ne pouvons stopper l’hémorragie, pressés de connaître le dénouement de cette affaire. A la fois BD urbaine par les longues descriptions de Lyon et sa banlieue avec ces dessins majestueux en noir et blanc tirant sur le gris couleur béton, ce béton présent jusqu’à la nausée par ces gratte-ciels qui n’en finissent pas, qui donnent le vertige, et une immersion dans la jungle angolaise pour des dessins plus sombres, un scénario plus politique. L’écriture est précise, très urbaine aussi (une langue verte fort bien venue par moments, des métaphores percutantes). La narration est en lettre minuscules tandis que les dialogues (peu nombreux) exécutés en majuscules. Un album parfois dérangeant (l’épisode zoophile notamment), toujours instructif, très prenant, pour un résultat formant un tout, les dessins en parfaite harmonie avec les écrits. Paru en 2016 aux Editions TANIBIS mais déjà réédité, belle découverte !

 

(Warren Bismuth)

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