Entretien avec Steve Drewett, guitariste/chanteur des NEWTOWN NEUROTICS (The NEUROTICS)

Certaines fois l’on se demande comment et où l’on a découvert tel ou tel groupe pour la première fois? Avec les NEWTOWN NEUROTICS / THE NEUROTICS, c’était au début des années 80 lors d’un concert organisé par l’association RIPOST à Blois. Il y avait aussi à l’affiche Les VAMPIRES et KIDNAP. Ce fût le coup de foudre pour ce trio de Harlow (UK) au Punk Rock mélodique influencé par celui des combos de 1976/1977. Des mélodies accrocheuses, un son personnel, tout comme le jeu de batterie de Simon Lomond. Pas la peine de vous préciser que les NEWTOWN NEUROTICS continuent de peupler mon univers musical. C’est en découvrant, récemment, que le groupe faisait encore des apparitions scéniques, que l’idée m’est venue de réaliser cet entretien avec Steve Drewett (Guitariste/Chanteur). L’Hirsute remercie Steve Drewett de nous avoir accorder un peu de son temps pour répondre à nos quelques questions.

 

     

Affiches des concerts des NEWTOWN NEUROTICS et NEUROTICS à Blois (orga – RIPOST)

1-Que ce soit The NEWTOWN NEUROTICS ou The NEUROTICS, même si sur certains albums et sessions live vous étiez accompagnés de cuivres, vous êtes restés à la formule trio. Etait-ce la formule magique ?

Le trio formait l’ intérieur du cercle et les autres musiciens constituaient le cercle extérieur. Chacun de nous trois avait déjà joué en trio bien avant que nous n’ayons diffusé notre musique et à ce moment-là l’intérieur du cercle était en place. Nous ne pouvions pas toujours nous permettre d’avoir des musiciens supplémentaires parce que le cachet récolté lors de nos concerts n’était pas très élevé. Quand nous en avions les moyens, nous invitions d’autres musiciens : les cuivres, etc.. Mais lorsque le cachet était plus réduit, nous nous produisions en trio. Donc, le trio était l’âme du groupe.

 

2- Lors d’une interview en 2006, pour « Punk and Oi Uk », tu as dit: « The reformation is not permanent because we have families that we do not want to spend too much time away from and so we just want to do a few gigs for fun, how long that will last for I do not know ». Nous sommes en 2017, The NEWTOWN NEUROTICS ont réalisé d’autres concerts, des albums ont été réédités ou vont l’être, vois-tu les choses différemment ?

Et bien, je ne m’attendais pas à ce que le groupe dure aussi longtemps, nous avons eu trois changements de formation et chaque fois nous avons perdu quelqu’un.  J’ai pensé que ce serait la fin, mais d’ autres musiciens se sont présentés et nous ont proposé de venir jouer avec nous. Donc nous continuons, mais nous limitons nos concerts chaque année parce que, comme nous l’avons déjà dit, nous n’aimons pas être  éloignés trop longtemps  de nos familles. Je suis vraiment heureux que nous ayons pu continuer car c’est un réel plaisir de jouer et je voudrais continuer tant que je le peux. La formation actuelle a une durée de vie égale à la formation originale du groupe.

 

      

 

 

3-Si l’on vous propose d’aller jouer pour 1 ou 2 concerts à l’étranger, accepteriez-vous ?

Nous le faisons de temps en temps mais cela dépend d’où, quand, qui, et comment. Il doit y avoir quelque chose de particulier dans cette demande pour que nous acceptions.

 

4-Sur l’album live « Kickstarting A Backfiring Nation», on peut entendre des « spoken word » interprétés par des poètes tels que : «Porky the Poet », « The Big J », «  Peter Campbell ». L’intervention de poètes était assez courante dans les concerts Punk des années 80, John Cooper Clarke étant l’un des plus connu, est-ce toujours d’actualité ?

Le “spoken word” est toujours aussi pertinent en Angleterre comme il l’était dans les Années quatre-vingt, sinon plus. La poésie déclamée a toujours beaucoup de questions à poser, comme vous pouvez l’imaginer, avec tout ce qui se passe en Angleterre, aux États-Unis et aussi avec l’influence de l’ UE sur la Grande-Bretagne. Dans les Années quatre-vingt il y avait une scène de poésie/poésie déclamée qui a permis à beaucoup de poètes de se faire connaître et les Newtown Neurotics soutenaient ces artistes qui clôturaient les soirées. Ainsi, quand nous avons décidé d’enregistrer un album Live, nous avons voulu faire quelque chose d’un peu différent. Donc nous avons invité certains de ces interprètes à se produire avec nous et ils sont intervenus entre chaque titres de l’album « Kickstarting A Backfiring Nation ».

 

5-En 1986, The NEWTOWN NEUROTICS ont réalisé une tournée en ex-RDA, comment avez-vous obtenu cette opportunité de tournée ? Quels souvenirs en as-tu ?

Nous avons pu réaliser cette tournée car nous avions partagé plusieurs fois la scène avec Billy Bragg, et à un moment donné Billy a été invité à venir jouer une seconde fois en RDA. Pour l’accompagner lors de cette tournée, son choix s’était porté initialement sur The COMMUNARDS, mais ils étaient indisponibles. Billy  a alors demandé au Newtown Neurotics et à Attila si nous pouvions remplacer The COMMUNARDS. Nous avons eu un temps fantastique là-bas, un été chaud et sec. Nous nous sommes fait beaucoup d’amis. En tout, nous avons visité trois fois la RDA et la dernière fois on m’a flanqué dehors de Berlin-Est pour avoir eu une conversation avec une fille d’ Allemagne de l’Est qui désirait se marier afin de pouvoir partir à l’Ouest. Cette conversation s’est déroulée après que nous nous soyons produit lors d’un concert important à “Insel Der Jugen“. Concert qui a été enregistrée pour la télévision Est-Allemande. J’ai fini, le jour suivant, banni de RDA, assis dans un café turc d’Allemagne de l’Ouest, regardant à la TV notre concert de la veille.

 

      

 

 

6-As-tu gardé des contacts avec des personnes rencontrés lors de cette tournée ? Avez-vous eu l’occasion d’y retourner depuis la chute du mur de Berlin en 1989 ?

J’ai, en réalité, rendu visite à un ami pendant les fêtes de Noël et du jour de l’an en 1989-1990 après la chute du mur en Octobre. J’étais à la première célébration du Nouvel An à la Porte de Brandebourg, célébration que les Berlinois de l’Est et de l’Ouest n’avaient plus célébré ensembles depuis que le mur de Berlin avait été construit le 13 Août 1961. L’été suivant nous avons réalisé une tournée en l’Allemagne de l’Est avec mon autre groupe, THE INDESTRUCTIBLE BEAT , cette fois utilisant des Marks d’Allemagne de l’ouest comme monnaie et ne subissant aucun point de contrôle.

La fille avec qui j’avais parlé de mariage, était venu s’installer à Londres et nous sommes restés des amis jusqu’à ce qu’elle parte en Amérique du Sud et n’en revienne pas. Nous avons perdu le contact et je n’ai aucune idée d’où elle peut-être en ce moment.

Certaines des personnes que je connaissais se sont avérés travailler pour la Stasi et je ne les vois plus désormais. Souvent quand je joue en Allemagne, je tombe sur des personnes que  j’ai connu en Allemagne de l’Est et nous nous souvenons des bons moments.

 

7-Lorsque vous avez repris « Blitzkrieg Bop»  et « Shake Some Action » (devenu pour l’occasion « Take strike action »), vous en avez modifié les paroles. Le fait d’écrire et de chanter des textes en rapport avec la situation sociale ou politique a toujours été important pour vous ? Le temps a passé, si vous deviez écrire de nouveaux textes pour the NEWTOWN NEUROTICS, seraient-ils dans le même esprit ?

Quand les Newtown Neurotics ont débuté nous n’étions pas particulièrement politisés et nos premières paroles le reflètent, mais, quand notre premier single était en cours de fabrication, Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir et a augmenté la taxe sur toutes les marchandises à vendre. Subitement donc, nous avons dû trouver de l’argent supplémentaire avant que le presseur ne nous envoie notre lot de singles. Ainsi, dés le début nous avons détesté Margaret Thatcher. Alors, nous avons commencé à subir ses politiques de “diviser pour mieux régner” et bien que nous ayons déjà sorti “When the oil runs out”, le troisième single reflète notre nouvelle humeur politique et se nommait “Kick out the tories”. Après cela j’ai écrit des chansons qui étaient politiques dans une certaine mesure, mais pas des slogans comme “Tories”. J’écris de nouveaux titres à l’heure actuelle et ce sera de la “politique personnelle” et non pas de la “politique politicienne”, mais on ne sait  jamais, tout peut arriver!

 

      

 

 

8-A ce propos, avez-vous l’intention de composer de nouveaux titres avec The NEWTOWN NEUROTICS, et pourquoi pas de sortir un nouveau disque ?

Nous composons de nouveaux titres à l’heure actuelle mais je suis si occupé que je n’ai pas beaucoup de temps.  J’ai beaucoup de musiques qui attendent des textes, j’espère les écrire bientôt. D’autre part, comme je l’ai dit plus haut, tous les membres du groupe sont très occupés, donc nous ne nous réunissons pas assez souvent pour pouvoir travailler sur de nouvelles compos. Je pense que cette année nous ne ferons pas autant de concerts et nous pourrions plutôt préparer le nouvel album. Ne vous attendez à rien d’imminent, mais éventuellement peut-être…

 

9-Contrairement à beaucoup de groupes qui se sont reformés, tu as gardé le même son qu’à vos débuts, l’effet sur le chant et ce son de guitare que l’on reconnait au premier accord. C’est important pour toi d’avoir gardé cette spécificité ?

Ouais, le son de guitare est très important pour nous et j’utilise un ampli « Music Man » des Années soixante-dix. De nos jours, tant de personnes utilisent des Amplis Marshall, les groupes finissent par sonner pareil. Cependant, quand nous partons dans un autre pays pour faire un concert, le « backline » est fourni et les amplis sont souvent des Marshalls donc je les utilise quand même. J’ai au fil des années essayé d’utiliser le même son pour les enregistrements et les concerts (où je peux utiliser mon propre ampli) parce que les gens reconnaissent mon  style (et celui des NEUROTICS).

 

10-Quand je pense aux NEWTOWN NEUROTICS, immédiatement je pense aussi à ATTILA THE STOCKBROKER et THE INTERNATIONALISTS. Es-tu toujours en contact avec eux ?

Attila et moi avons été très proche pendant des années. Dorénavant nous ne vivons pas dans la même ville, si bien que nous nous rencontrons aux concerts où l’on partage la scène, ici et là. Comme par exemple ce que je vais faire demain, car je pars pour faire une tournée européenne en première partie d’ATTILA AND BARNSTORMER en Hollande et en Allemagne. The INTERNATIONALISTS n’ont pas joué depuis des années mais je vois toujours le guitariste Richard Holgarth (il joue maintenant dans EDDIE & The HOD RODS. Leur ingénieur du son Chris Fallon est aussi le notre maintenant). Je revois aussi de temps en temps Greg Camburn (un des saxophonistes de The INTERNATIONALISTS), il est Ingénieur  du son dans un Studio.

 

        

                                                                                                        The INTERNATIONALISTS  et ATTILA

 

11-Un pressage vinyle de « Pissed as a newt» est en préparation, as-tu d’autres projets avec The NEWTOWN NEUROTICS, KUJENGA SOCIETY ou THE INDESTRUCTIBLE BEAT ?

Oui j’ai reçu, aujourd’hui, les copies de “Pissed as a newt” et je m’occuperai de la vente quand je rentrerai  de la tournée européenne (mentionné à la question précédente). Je dois avant tout poster les albums de ceux qui l’ont acheté en pré-vente et ensuite je pourrai partir pour la Hollande et l’Allemagne.

Aussi, le 20 mars, sortira un album de Steve Drewett & The INDESTRUCTIBLE BEAT qui se nomme “Disgraceland”, 60 minutes (13 titres) d’or pur. Je suis fier de cet album.

 

12-Beaucoup de paroles des NEWTOWN NEUROTICS sont encore, malheureusement, d’actualités. Par exemple « kick out the tories » aurait très bien pu se trouver comme bande son du film de Ken Loach « Moi, Daniel Blake ». Est-ce que certains de vos titres ont déjà servi de bande son pour des films ?

Malheureusement pas pour le moment, c’ est quelque chose que j’ai toujours espéré. Mais Je sais que quelques unes de mes chansons ont été utilisées dans des “petites choses” que je n’ai jamais vu et dans deux ou trois vidéos YouTube, c’est tout pour le moment !

 

         

 

 

13-Lorsque l’on fait partie d’un groupe, il y a des moments qui restent graver à jamais dans notre mémoire. Ce sont ces moment-là qui nous poussent à penser que c’était une excellente idée d’avoir joué dans ce groupe. Je suppose que tu dois avoir une multitude de bons souvenirs avec The NEWTOWN NEUROTICS. As-tu une ou des anecdotes à nous raconter ?

Ouais, des millions de bons moments. J’estime vraiment que la formation du groupe m’a permis de me construire. Parce qu’avant les Neurotics je ne savais pas qui j’étais et quel était mon but dans la vie. J’étais paumé et mal dans ma peau. Le punk est arrivé  juste au bon moment pour moi. j’ai formé les Newtown Neurotics pour rire, et le rire est devenu plus sérieux. Je suis alors devenu plus déterminé et j’ai réalisé ce que j’attendais de la vie. Je ne savais pas combien de temps je continuerai à le faire et combien cette expérience allait m’être utile (pas financièrement). Les moments les plus forts, au sein des NEWTOWN NEUROTICS, ont été d’ entendre nos chansons à la radio que ce soit au début et même plus tard, d’avoir jouer en RDA, à Venise, à San Francisco, à New York et au Brésil. Pour ma part, en solo, à Pyong Yang en Corée du Nord et aux milliers de personnes à Dresde, juste après la chute du mur.

Un autre fait important, est d’avoir eu la chance de rencontrer des “supers” amis au sein des Neurotics. Le fait d’ avoir vécu ces amitiés est déjà une formidable récompense, mais d’avoir partagé avec mes amis ces moments fantastiques  est tout simplement génial. Je me souviens de mon excellent ami, et  joueur de basse de première classe, Colin Dredd qui est mort en 2015. J’ai de supers souvenirs du  temps passé ensembles. De toute façon, pour moi, aussi Longtemps que je le pourrai, ma carrière musicale continuera. Merci.

 

           

 

 

http://steve-drewett.com/neurotics/

https://www.facebook.com/newtownneurotics/?fref=ts

https://www.facebook.com/sdrewett?fref=ts

 

John Hirsute

Publicités