Entretien avec la coopérative cinématographique « Les mutins de Pangée »

Edition, production, distribution, réalisation cinématographique, en voilà une chose intéressante. Si, de plus, il s’agit d’une coopérative cela ne pouvait que titiller la rétine de l’Hirsute. Et puis dans  « Les mutins de Pangée », il y a « mutins », cela ne peut pas être foncièrement inintéressant. L’Hirsute remercie « Les mutins de Pangée » d’avoir répondu à nos questions.

1. Plus de 10 années d’existences, quel fût le déclencheur, l’étincelle qui vous a donné l’envie de créer Les « Mutins de Pangée » ?

Le début des Mutins de Pangée, « l’étincelle » comme vous dites, c’est la fin de la télé libre Zaléa Tv, une expérience à laquelle tous les fondateurs ont participé. Zaléa, c’était un véritable espace de diffusion, de films, de débats, de poilade… Quand l’expérience a pris fin, on a eu envie de remonter une structure pour continuer à faire nos films et de les diffuser. C’est ainsi qu’a vu le jour les Mutins de Pangée.

 

2. Pourquoi une coopérative ?

On s’est tourné vers la coopérative tout naturellement. A l’époque, on ne pouvait pas créer une association, car ça nous empêchait de postuler à certaines aides pour nos productions ou éditions. Et la coopérative correspondait parfaitement à notre état d’esprit. Que chacun ait le même poids dans le collectif, quels que soient les billes qu’il a mises dans la structure. C’était vraiment un choix politique.

3. Depuis 2005 vous avez forcément évolué, qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi ?

En 10 ans, on a surtout développé différentes activités dans la chaine du cinéma. Au départ, on s’est lancé dans la production avec « Chomsky et Cie » (coréalisé par Olivier Azam qui est membre de la coopérative et Daniel Mermet) et dans la distribution puisqu’on a sorti le film en salles puis la suite logique était l’édition en DVD. Et petit à petit, on a continué à éditer des films, les nôtres et ceux d’autres réalisateurs/trices.

Le succès rencontré par le film « Chomsky & Cie » nous a permis de développer d’autres productions pour le cinéma (« Bernard, ni Dieu ni chaussettes » de Pascal Boucher, « Grandpuits et petites victoires » de Olivier Azam ou encore « Howard Zinn, une histoire populaire américaine »), d’éditer davantage de DVD, et depuis 2014 de lancer notre propre plateforme VOD qui comporte aujourd’hui plus de 250 films.

4. Vous avez plusieurs cordes à votre arc : distribution, production et édition. Comment procédez-vous ?

On est en fait un peu tous multitâches, chefs de rien tout en étant chefs de tout ! Par exemple Laure notre gérante est aussi preneuse de son sur nos tournages. Pascal est à la fois notre graphiste mais est aussi réalisateur (« Bernard ni dieu ni chaussettes »), etc. Etre sur les différents fronts (production, distribution, édition, plateforme VOD…), c’est grâce à ça qu’on tient. Ça nous permet d’avoir une activité permanente et régulière. Comme nos films que nous produisons pour le cinéma sont très rarement aidés par le CNC, on est sur des temps de production très long (parfois jusqu’à six ans). Mais dans ce laps de temps, on édite des DVD, on alimente la plateforme VOD… Bref, on reste fidèle à notre devise : Faut pas mollir !

 

 

5. Les réalisateurs que vous soutenez, éditez ou produisez, doivent-ils aussi faire partie du collectif Les « Mutins de Pangée » ?

Les films que nous produisons sont uniquement des films des réalisateurs de la coopérative. Mais l’édition DVD nous a permis de soutenir d’autres réalisateurs. Un exemple parmi tant d’autres, Nicolas Drolc (NDLR : Le 09/11/2014, l’Hirsute a réalisé un  entretien avec Nicolas Drolc. Cette interview est toujours en ligne). Tout seul, sans aucun moyen il a réalisé un magnifique documentaire sur les révoltes de prisonniers dans les années 70. Il a organisé lui-même une petite tournée dans les cinémas et nous avons décidé d’éditer son film en DVD. Cela a permis au film une meilleure visibilité.

6. Qu’est-ce qui vous pousse à produire tel film plutôt qu’un autre ?

Ça se fait de façon naturelle puisqu’on est vraiment d’accord sur la ligne éditoriale des Mutins. Souvent, ça se règle autour d’une mousse.

 

 

7. Créer une plateforme « Vidéo à la demande » sur votre site web « lesmutins.org », est-ce efficace pour faire découvrir les films que vous éditez ? Plus que le support DVD ?

La plateforme VOD, on l’a lancé en février 2014 en partant d’un constat : on reçoit plein de films qu’on adore mais on ne peut pas tout éditer en DVD. Ces films ont parfois eu une petite vie en festival, et puis rien. L’idée a donc été de créer une plateforme pour pouvoir proposer ces différents films à un tarif plus que raisonnable (4 €) et qu’ils ne tombent pas dans l’oubli !

8. A combien d’exemplaires sont en général distribuées vos vidéos ? Avez-vous une version libre de locations pour les bibliothèques/médiathèques municipales/communautaires ?

Ca dépend vraiment des projets. Le tirage minimum d’un DVD est de 2000 exemplaires. Après, on a des titres qui marchent mieux que d’autres (« Chomsky et Cie », « Howard Zinn », les films de René Vautier, dernièrement « Comme des lions »). Quoi qu’il en soit, toutes nos éditions sont disponibles en médiathèques par le biais de diffuseurs institutionnels.

 

 

9. Concernant le coffret sur René VAUTIER vous avez été distribués dans des lieux très « commerciaux ». En est-il de même à chaque sortie de DVD ?

C’est assez simple en fait. On a un diffuseur pour les librairies indépendantes (Les Belles Lettres), et un diffuseur pour les grands magasins type Fnac (Arcadès).

10. Qu’a représenté pour vous le travail de René VAUTIER sur l’Afrique/la colonisation/la guerre d’Algérie ?

Notre travail autour de René Vautier a commencé avec l’édition en livre-DVD du film « Afrique 50 », premier film anticolonial. Ce film est vraiment incroyable, en 20 minutes, René Vautier démonte la colonisation française alors que nous sommes en 1950 et qu’il était envoyé par la Ligue de l’enseignement pour réaliser un film vantant les bienfaits de la présence française. René avait écrit un texte incroyable sur les conditions de tournage du film et on a donc décidé d’en faire un livre DVD. On a poursuivi ensuite avec un coffret rassemblant ses films sur l’Algérie, dont le plus connu « Avoir 20 ans dans les Aurès ». Et on travaille maintenant sur l ‘édition en coffret de ses films sur les luttes sociales en Bretagne. Des nouvelles générations continuent ainsi de découvrir l’œuvre de ce cinéaste génial. « Afrique 50 » à chaque fois en projection, les gens n’en reviennent pas….

 

11. Vous avez aussi à votre catalogue quelques livres et CD, pensez-vous étoffer cette partie ?

Là encore, on marche au coup de cœur et on voit ce qu’il est possible de faire. Pour la partie livre, on développe surtout une collection (la collection Mémoire populaire) qui est une collection de livres DVD. On a commencé cette collection avec « Afrique 50 » de René Vautier comme je le disais précédemment. La collection comporte aujourd’hui 4 livres-DVD. Le dernier en date, le film « Comme des lions » de Françoise Davisse qui raconte la lutte des PSA contre la fermeture de l’usine d’Aulnay. En travaillant sur l’édition du DVD, la réalisatrice nous a parlé d’un des grévistes (Christophe Metroz) qui avait tenu un journal de bord pendant la grève. Pas syndiqué, il racontait au jour le jour comment la grève et la lutte changeaient son quotidien. Un texte magnifique qui nous a poussé à l’éditer en livre Dvd.

12. Quels sont les moyens que vous utilisez pour promouvoir la sortie d’un film ?

On fait avec les moyens du bord. On a la chance d’avoir un réseau militant qui nous soutient depuis des années et est attentifs à nos productions. Après, on n’a pas les moyens de se payer des pubs dans le métro, mais on utilise les outils de communication classique (Facebook, Twitter).

13. « La cigale, le corbeau et le poulet » est votre dernière production en salle, pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est un film sur lequel Olivier bosse depuis six ans. Au départ, il entend dans la presse l’histoire d’un corbeau de l’Hérault qui envoyait des lettres de menace à Nicolas Sarkozy et à d’autres personnalités de droite. « L’élite » de la police antiterroriste fait alors une descente dans le village de Saint-Pons de Thomières et arrête une série de personnes dont tous ont le point commun d’être des opposants au maire PS du coin, Kleber Mesquida. Ils seront finalement tous relâchés et les flics arrêteront un « dérangé » du coin. Olivier décide donc d’aller voir qui était cette bande et tombe sur un collectif de joyeux militant dont le QG est la Cigale, le tabac librairie régionaliste du village. Des gens d’une opiniâtreté exceptionnelle qui sont sur tous les fronts. Le film est donc à la fois le récit de leur arrestation incroyable mais aussi de leurs luttes au quotidien sur tous les fronts. Il est sorti en salle le 18 janvier dernier et continue de tourner. Les gens se marrent à la projection et sont surtout impressionnés par cette bande qui est de tous les combats.

 

 

14. « Merci Patron » a fait une sorte de buzz cinéma et sur le net, vous attendiez-vous à un tel succès, et à quoi selon vous est-il dû ? (NDLR : cet entretien a été réalisé avant que « Merci patron » ait obtenu le César du meilleur film documentaire)

Je pense que François a bien compris qu’un élément important dans toute lutte était l’humour. Je pense que c’est ça qui a plu aux gens, de parler de sujets graves mais en utilisant la dérision. Le film a en plus bénéficié d’un engouement médiatique assez incroyable qui a permis une large diffusion.

15. Pour vous soutenir, nous pouvons vous offrir une mousse (voir plus d’une). Vos préférences « houbloniennes » se portent sur quel nectar ?

On est très ouvert là-dessus, avec une préférence peut-être pour les bières belges. On est assez pointus en rhum aussi. On propose d’ailleurs chaque année sur notre stand de la fête de l’Huma un cocktail secret (le rhum des mutins).

16. Si vous deviez porter un regard sur toutes ses années écoulées depuis la création des « Mutins de Pangée » en 2005, quel serait-il ?

FAUT TOUJOURS PAS MOLLIR !

 

 

 

http://www.lesmutins.org/

 

Warren Bismuth & John Hirsute

Publicités