Dario FO – « Klaxon, trompettes… et pétarades » – (L’AVANT-SCENE THEATRE, n°1292, 15 novembre 2010)

Un commando tente d’enlever Giovanni Agnelli, patron de l’usine Fiat en Italie dont le visage est brûlé suite à l’agression. Un ouvrier de cette même usine Fiat, Antonio, sauve le dirigeant – il ignore que c’est lui – et le protège de sa veste pour le transporter à l’hôpital. Or il a laissé ses propres papiers à l’intérieur du vêtement, et lorsque Agnelli arrive à l’hôpital pour une opération de chirurgie esthétique faciale, les papiers sont retrouvés, et c’est grâce aux photos que l’on refait le portrait, un portrait ressemblant comme deux gouttes d’eau à celui d’Antonio ! Agnelli, contre son gré, devient donc Antonio, cet Antonio qui a une femme et une maîtresse qui croient chacune le reconnaître sous les traites d’Agnelli, et pour cause. S’ensuit une farce majestueuse. Cette pièce de théâtre, écrite par Dario FO en 1980, est ici adaptée par Marc PRIN en 2010. Elle est à la fois engagée, militante, burlesque, absurde. Le génie de FO réside dans le fait que sous couvert de situations cocasses et très drôles, il parvient à dénoncer cette Italie chaotique et corrompue des années de plomb avec un rythme haletant. L’assassinat d’Aldo MORO par les BRIGADES ROUGES n’est pas encore cicatrisé, l’Italie est une nation à l’agonie. Agnelli représente le pouvoir, mais se retrouve transfiguré en ouvrier contre son gré. Le rire est présent à chaque page pour ne pas dire à chaque réplique, comme pour démontrer une fois de plus qu’il est une arme redoutable pour faire passer un message dissident, contestataire. Ce numéro de l’AVANT-SCENE THEATRE n’est certes pas récent, mais si vous tombez dessus, ne le ratez pas, en compléments sont présents des interviews (dont une de Dario FO), des mini-dossiers éclairants sur cette Italie dévastée de la fin des années 60 au début des années 80.

 

(Warren Bismuth)

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