Yannick HAENEL – « Jan Karski »

 

Yannick HAENEL

 

Un bouquin de 2009 découpé en trois parties pour cette biographie de Jan KARSKI, Résistant polonais téméraire de la deuxième guerre mondiale. La première courte partie se base sur l’interview de KARSKI dans le documentaire « Shoah » de Claude LANZMANN. Yannick HAENDEL retranscrit quelques unes des réponses de KARSKI en donnant certains compléments historiques. Pour la deuxième partie, il s’appuie sur l’autobiographie du même KARSKI « Mon témoignage devant le monde ». Là aussi, il reprend des passages du livre en le commentant. La troisième est plus personnelle : c’est une fiction à partir de diverses études sur KARSKI dont HAENEL a eu connaissance pour retracer l’itinéraire de cet homme peu banal, ce « messager ». Nous dirions aujourd’hui « lanceur d’alerte ». En effet, deux juifs du ghetto de Varsovie ont alerté KARSKI du sort qui était réservé aux juifs de Pologne dès 1942, il a pu pénétré dans le ghetto. KARSKI, ayant de nombreux contacts et une certaine influence, pensait pouvoir éveiller les consciences. Bien mal lui en a pris. Si tous ses interlocuteurs l’ont écouté, ils ont paru incrédules devant les faits évoqués. Pour être plus précis, il semble qu’ils l’aient cru, mais qu’ils aient préféré feindre la sidération et l’incrédulité pour ne pas avoir à se prononcer en haut lieu et à prendre des décisions drastiques contre l’extermination des juifs. KARSKI a même rencontré le Président américain ROOSEVELT en 1943, en vain. Dans la troisième partie dite fictionnelle, mais se basant sur des faits bien réels, l’auteur fait dire à KARSKI que le procès de Nuremberg n’a été qu’une grande mascarade, les nombreux nazis accusés servant à dissimuler la complicité totale des Alliés dans les déportations et les exécutions de juifs. Il revient aussi sur « Shoah », et même s’il l’a trouvé en tous points remarquable, il constate que tout ce qu’il a dit dans son interview sur sa volonté de sauver les juifs, sur son rôle de messager n’a pas été gardé au montage, comme si son histoire personnelle n’avait jamais existé, comme s’il devait s’éteindre avec son parcours de lanceur d’alerte. Il parle également de Staline, qui lui aussi avait pour ambition d’anéantir la Pologne, pas seulement juive d’ailleurs, avec notamment le massacre de Katyn, cette partie est bouleversante. Au travers de ce précieux témoignage, l’auteur revient sur le parcours de KARSKI durant cette guerre, c’est la guerre de KARSKI lui-même qui est ici racontée : sa visite dans le ghetto de Varsovie (moment douloureux dans l’ouvrage), ses démarches pour alerter l’opinion, sa rancune envers les dirigeants qui l’ont reçu, son épuisement à tout tenter. Dans un autre registre, ce parcours rappelle celui d’Alan TURING dont nous vous avons déjà chroniqué le biopic cinématographique avec « The imitation game », un héros de l’ombre, un militant actif de la cause anti-nazie prenant des risques insensés pour parvenir à ses fins. Les efforts démentiels de KARSKI sont enfin couchés sur papier comme un témoignage majeur des combattants de l’ombre.

 

(Warren Bismuth)

Publicités