WARUM JOE – « Heavy-mental » – EP – 2016 – (Boucherie Atelier Moderne)

 

WARUM JOE

 

WARUM JOE : un nom qui a toujours résonner de manière particulière à mes oreilles. Ce groupe que j’ai découvert, alors que je tentais lamentablement de participer à ma première expérience musicale, aux tous débuts de l’an de crasse 1986 (avant même l’avènement de Charles Pasqua à la tête du Ministère de l’intérieur, c’est dire !) garde une place unique dans mon cœur : les premiers émois avec la musique punk (enfin pas tout à fait non plus, ceux-ci dataient d’un peu plus d’un an auparavant), les premiers textes (ou presque) savamment engagés et jouissive ment drôles et allégoriques un peu à la manière de DEAD KENNEDYS, axés sur l’actualité savamment décortiquée, cette volonté de se cacher des médias, de la scène, cette espèce de mystère brumeux planant sur les membres dans les années 80, et bien sûr cette longévité forçant le respect, sans jamais renier leurs idéaux originels. J’avais eu l’immense chance de les voir en 1990, je fus l’un des seuls à remuer du boule durant leur show, car en live c’était à l’époque un « machin » statique où le chanteur égrenait ses textes en les lisant sur un pupitre. Je me souviens très bien du guitariste ivre, incapable de se souvenir des textes de « Gabrielle », qui m’avait laissé le micro, c’est la seule fois de ma vie où j’ai chanté du Johnny Hallyday sur une scène, juré craché ! La rencontre avait été belle, un dialogue s’était instauré et ils m’avaient même envoyé 2 tee-shirts gratuitement une semaine plus tard sans que je les demande ! Des princes ! WARUM JOE, c’est la chance de lire les meilleurs textes de toute l’Histoire du mouvement punk français (avec ceux d’O.T.H., certes, mais dans un tout autre registre !). Combo fondé en 1981 du côté de Paris, jamais séparé, line-up à peu près inchangé, fort de 8 LPs ou 12″, de 4 EPs dont quelques-uns passant inaperçus car pressés à peu d’exemplaires, WARUM JOE revient sur galette pour un cinquième 45 tours après 13 ans d’absence vinylique et le LP « Au milieu de ta forme » en 2003. Là aussi, les places sont limitées pour ce nouvel EP 4 titres d’un groupe discret jusqu’à la transparence. Autant le dire tout de suite, j’ai dégainé trop tard pour l’attribution du vinyle, aussi je ne pourrai pas me prononcer en détails sur les textes car je n’ai pas tout assimilé. Parce que WARUM JOE ce sont des jeux de mots qui fusent, des métaphores incessantes, et il faut avoir les textes sous les yeux pour les comprendre, et encore pas toujours, ce qu’on croit comprendre n’étant parfois que la surface d’un tout bien plus profond. WARUM JOE tient aussi son originalité dans sa continuité musicale qui n’a jamais varié d’un pouce : punk-rock voire post-punk ou synth-punk mid tempo avec une boîte à rythmes. C’est encore le cas sur ce nouveau disque. Le premier titre, « Désert beagle » entre parfaitement dans ce que WARUM JOE a toujours fait : punk-rock primaire ! Mais attention, une machine embusquée à l’arrière crache par moments des bruits électroniques avant qu’une flûte vienne faire un petit tour avec un solo délicieux et décalé. N’ayant donc pas les textes sous les yeux, la saturation dans la voix m’empêche de tout comprendre, mais il me semble qu’ils causent de sportifs de haut niveau. A vérifier toutefois, car WARUM JOE est un groupe farceur qui peut paraître évoquer un sujet alors qu’il en évoque un autre (les spécialistes du groupe savent parfaitement de quoi je parle). Le son change sur le deuxième titre, « Je tue il », comme si la suite de l’enregistrement avait été effectuée lors d’une autre session, rythme assez lent et grosses guitares mélodiques mais jamais mélancoliques, le texte m’a l’air de parler d’une cuite mémorable. La voix est moins saturée et plus compréhensible. Puis déboule « Ice scream », Sur des riffs punk-rock énergiques, le chanteur appuie les instruments par un texte sur le lobby des armes aux Etats-Unis, humour au rendez-vous (« je savais viser juste avant ma première dent, un pur produit texan du premier amendement ») ! « Charlie angels » termine le disque, plus lancinant mais très accrocheur avec des textes sur le terrorisme islamique et son traitement dans les médias. Le disque est déjà épuisé (visiblement tiré à 100 exemplaires), dommage mais pas vraiment gravissime au vu du prix exorbitant proposé par le label. Verdict : ce EP réjouira les fans, les anciens comme les nouveaux, WARUM JOE étant un peu les RAMONES français version sociale, tenant bille en tête un style particulier comme s’ils ne savaient rien faire d’autre, mais ils le font à la perfection, alors personne ne s’en plaindra. Encore un sans faute, ça devient pénible. Votez WARUM JOE ! Et ce même si je ne suis pas sûr de l’ordre des titres sur le EP original…

 

(Warren Bismuth)

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