« Merci patron » de François RUFFIN – 2015

MERCI PATRON

 

L’exercice est osé pour ne pas dire périlleux : attaquer la Société LVMH et par son intermédiaire son PDG Bernard ARNAULT, frontalement par le biais d’un documentaire sulfureux. On ne présente plus François RUFFIN, acteur principal du journal mensuel picard FAKIR, par ailleurs intervenant au MONDE DIPLOMATIQUE. Son combat est le même depuis toujours : défendre les petits, les ouvriers, les smicards, les crève-la-faim contre les grosses compagnies, les élites du CAC 40, les influents de la nation française version capitalistique, les majors qui se servent au détriment de l’humain. Mais revenons à nos moutons. Le présent reportage est une plongée dans l’enfer des licenciés de LVMH, ceux qui n’ont jamais compté pour l’entreprise multinationale, ceux que l’on a traité à la façon d’un mouchoir jetable : on le remplit de morve et on le balance à la rue. Après des discussions avec des personnages picaresques (c’est le cas de le dire !) et une évacuation sans tendresse ni câlins de l’assemblée générale de LVMH (Don Quichotte chez les Vikings !), RUFFIN lance son dévolu sur un couple licencié n’ayant jamais retrouvé de travail, et présentement menacé d’expulsion de leur maison dont ils sont propriétaires. Ils sont du cru, le sous-titrage français-ch’ti n’est pas fourni, mais ils en ont gros sur la patate. RUFFIN va endosser le rôle du Robin des bois des temps modernes afin de faire cracher Bernard ARNAULT au bassinet, par le biais de magouilles, sans aucun scrupule (qui en aurait devant des patrons aussi abjects ?) mais avec une partition bien répétée, un moteur bien huilé. Il va se faire passer pour le fils du couple lorsqu’un représentant de LVMH viendra négocier des indemnités illégales, ignorant qu’une caméra cachée filme les échanges. Pour les détails, il est indispensable de visionner ce documentaire, trop d’informations tueraient l’effet de surprise, celui qui nous rend de plus en plus abasourdis à mesure que la négociation avance. On se croirait dans une pièce de théâtre, le représentant de LVMH, un rustique également, se laissant aller à quelques petites blagues printanières (« Alors biloute !! J’ai vu le film !! ») absolument surréalistes si l’on considère la situation, la transaction. Et on rit, oui on rit ! L’absurdité des dialogues, l’atmosphère détendue, les reparties lunaires ! RUFFIN et son équipe frappent là un grand coup, rappelant ce film muet de l’arroseur arrosé. Car c’est bien de cela dont il s’agit : la multinationale piégée avec ses propres armes par un petit journaliste picard d’investigation. Le plus croquignolet dans cette histoire ? Le représentant de LVMH qui annonce à la famille licenciée que FAKIR ne doit en aucun cas être au courant de ce qui se déroule chez eux, de cette négociation, car il serait capable d’en profiter et de foutre la merde. Vous l’aurez compris, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, LVMH et Bernard ARNAULT ont peur de FAKIR, peur de RUFFIN, ce qui montre que tout n’est pas perdu et que Don Quichotte comme Robin des bois ont encore de beaux jours devant eux. Nous voilà rassurés, malgré quelques passages un tantinet misérabilistes à la Michael MOORE..

 

(Warren Bismuth)

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