Mouloud Feraoun – « Le fils du pauvre » – Edts Points

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Mouloud Aït-Chabane (Feraoun étant l’état-civil imposé par les officiers des affaires indigènes après l’insurrection de 1871), est né en 1913 à Tizi Hibel (Haute-Kabylie) en Algérie. En 1935, Mouloud devient l’instituteur de son village natal et quatre années plus tard il écrit son premier roman autobiographique « le fils du pauvre ». En 1951, il écrit son second roman : « La terre et le sang ». Neuf ans plus tard il devient inspecteur des centres sociaux (créés par Germaine Tillion) à Château-Royal (à proximité de Ben-Aknoun) et c’est à cet endroit, avec cinq de ses collègues, qu’il sera assassiné le 15 Mars 1962 par l’OAS.

Mouloud Feraoun nous compte la vie au quotidien d’une famille pauvre de Haute Kabylie, les Menrad. Dans ce roman le narrateur n’est autre que Fouroulou, le premier fils des Menrad. Fouroulou, destiné à devenir berger comme la majorité de ses camarades de Tizi, n’est pas de cet avis là et désire poursuivre ses études aussi loin qu’elles pourront le mener ! Les souvenirs de Fouroulou (qui de manière à peine voilée, sont ceux de l’auteur) nous décrivent les coutumes, les décors, la hiérarchie au sein de la communauté et de la famille, les lieux de rendez-vous, la vie au rythme des saisons, le travail, l’artisanat, la promiscuité (cinq enfants et les parents dans une petite bicoque sans confort), les bonheurs, les rivalités et les heurts, au sein d’un petit village Kabyle comme il en existait des centaines…des milliers…à la fin des années 30. Cet ouvrage, en plus d’être un témoignage de la culture Kabyle, nous fait partager les émotions du jeune Fouroulou dont la vie n’a pas été des plus tendre. Que ce soit les coups durs, comme le décès d’une de ses Tantes (Nana) durant son accouchement, la disparition d’une autre (Khalti), le départ de son Père pour la France, ou les bonheurs comme la réussite de son Certificat d’étude et du concours des bourses. Fouroulou nous les fait partager. Les descriptions sont justes et précises, il suffit de si peu d’imagination pour se retrouver aux côtés de Nana et Khalti à travailler l’argile : « Khalti, le bas de sa gandoura tiré jusque sur les genoux, les bras nus, le foulard relevé en turban, dépose un gros paquet de pâte sur une planche. Elle façonne vivement le fond de la cruche, de la marmite ou du plat. C’est toujours une galette bien ronde. Khalti est attentive, elle travaille vite. Je sais qu’il ne faut pas lui parler. Ce n’est pas le moment. Nana, souriante et très à l’aise, saisit l’argile entre ses petites mains pâles, triture, tâte, caresse : de ses doigts agiles sort une espèce de bâton qui s’allonge, vacille et zigzague comme un serpent.» Voici donc un roman qui vous fera aussi bien voyager au gré du temps que dans les reliefs de la Haute kabylie.

John Hirsute

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