Irène FRAIN – « Les rescapés de l’île Tromelin »

IrÞne FRAIN

C’est à une histoire hallucinante à laquelle nous convie dans cet ouvrage Irène FRAIN, ce qu’on appellerait aujourd’hui un fait divers tragique, du moins pour le début de ce drame (un fait divers étant généralement bref sur l’horloge du temps). En 1761, un navire négrier français de 143 hommes transportant une cargaison de 160 esclaves noirs s’échoue sans grâce sur un îlot méconnu situé à l’est de Madagascar dans l’océan indien. De nombreux morts, mais bien sûr des survivants : 122 blancs et 88 esclaves noirs. Cette île est minuscule : 1 300 mètres de long sur 800 mètres de large, en forme de flageolet géant, et cernée plus souvent qu’à son tour par de violents ouragans. Les rescapés accostent par obligation sur ce haricot, et la survie est la priorité de ce nouveau village. Cependant, le capitaine fait construire un bateau plus petit avec les restes du précédent et rapidement, parvient à quitter l’île pour retourner à Madagascar chercher du renfort. Car, évidemment, ce nouveau bateau étant plus petit, tout le monde n’a pu trouver sa place au sein du navire et, bien évidemment aussi, ce sont les noirs, les esclaves, qui sont sacrifiés, forcés à rester sur l’île inhospitalière en attendant les secours qui devraient arriver d’ici une dizaine de jours. Seulement, tout se complique. Si le capitaine arrive bien à Madagascar en temps voulu, il ne parvient pas à construire une équipe afin de rechercher les naufragés survivants. Bien sûr, le gouverneur l’en empêche, mais pas seulement. Il y a un problème de voiles…. C’est là que le mot ahurissant prend toute sa force. Il faut lire ce roman pour comprendre pourquoi ce brave capitaine ne peut tenir sa parole afin d’aller délivrer les esclaves noirs. Ce n’est que 15 ans plus tard, en 1776, qu’un équipage est formé pour enfin libérer les noirs de l’île maudite. C’est un certain Tromelin qui dirige l’expédition, cette île prendra son nom. A leur arrivée, seules 7 femmes et un enfant sont toujours vivants. D’ici là, vous apprendrez comment les rescapés ont survécu au pire durant 15 années (quelle ingéniosité !), comment ils se sont organisés, pourquoi les dirigeants français les ont laissés à leur triste sort. Et même si le récit se perd parfois dans un romanesque du quotidien dispensable, sa force est d’avoir pu réunir autant de témoignages glanés au fil du temps dans diverses villes pour nous faire revivre ce naufrage peu banal. C’est d’ailleurs en apprenant cette histoire que Condorcet se lancera dans son combat pour l’abolition de l’esclavage en France. Un mot encore. Le nom de ce navire échoué ? L’Utile… Une lecture parfaite pour vos soirées estivales.

Dans ces pages se trouve la chronique d’une récente bande dessinée de Sylvain SAVOIA reprenant en partie cette histoire, « Les esclaves oubliés de Tromelin ».

(Warren Bismuth)

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