ENTRETIEN AVEC SPI (Réalisé via skype le 8 octobre 2014) – Réalisé par Ludi

ENTRETIEN AVEC SPI

(Réalisé via skype le 8 octobre 2014)

Spi. Chanteur charismatique d’OTH, maître d’équipage du vaisseau des Naufragés, troubadour desSpi-01 temps modernes avec la Gaudriole. En 2011 retour au rock avec Salut Les Anges, suivi de la reformation des Naufragés et bientôt d’un projet ‘solo’ décliné en singles. Qu’il nous emporte avec lui à l’école de la rue, à Saint-Malo, dans les forêts enchanteresses ou sur la scène des concerts surchauffés, c’est toujours fluide, c’est toujours sincère, c’est toujours juste. Et depuis 35 ans ses chants de liberté, de voyages, de tolérance ne se sont jamais tus.
Spi, c’est aussi l’Humain, avec son regard émerveillé sur ce qui l’entoure sans cependant être naïf. Conscient de la société d’ogres dans laquelle nous vivons tout en faisant confiance aux ‘évolutionnaires’ pour faire en sorte que la magie ne se tarisse pas.
Que ce soit musicalement ou humainement, le feu sacré brûle encore dans ses veines et il a bel et bien réussi à retarder l’heure de son euthanasie…
Mais assez de blabla, la parole est à l’accusé !

En 2005, dans une interview, tu disais que pour toi « l’ère du rock était terminée. Ca ne provoque plus », comment ça s’est fait finalement ton retour au rock avec Salut Les Anges ?

Spi-02C’est vrai quelque part, je pense que ça provoque plus. Mais d’un autre côté, je m’aperçois que toutes les musiques qui sortent actuellement, à base d’électro par exemple, ces musiques sans paroles, où il y a quand même des jeunes qui se posent des questions sur leur conditionnement, j’ai l’impression que dans ces musiques, y’a pas de réponses à part faire la fête, ce qui est déjà pas si mal, au moins ils ne sont pas devant la télé à gober des réalités frelatées. Alors je me suis dit allez on essaie encore de foutre un peu le souk ! On essaie encore d’accrocher tous les jeunes qui peuvent se poser des questions sur l’ordre des choses, qui peuvent à un moment donné avoir un doute dans leur vie et se dire «cette vie qu’on veut me faire mener, tout ce que je vois à la télé, tout ce que mes vieux me disent, tout ça, peut-être que c’est pas si vrai que ça», et il faut qu’il y ait des gens qui leur disent «p’tain vous avez raison de vous poser des questions, faites gaffe, on veut faire de vous des esclaves.». Voilà ce que je me suis dit, peut-être qu’il fallait tenter ça.

Mais ce message là, il est dans tous les groupes que tu as faits…

Depuis le début avec OTH jusqu’à aujourd’hui j’ai l’impression que c’est ce même message que je répète inlassablement mais avec un angle de vue et des mots différents au fur et à mesure de mon évolution.
Quand j’écris les paroles d’une chanson c’est la musique qui commande, En fait mes textes sont presque tous des traductions de la musique qui les porte. C’est la musique qui démarre et j’écoute comme si je décryptais des hiéroglyphes, je me fais tourner le truc et y’a des mots qui s’accrochent. Il y a une ambiance, un esprit qui émane de la mélodie. Donc après je dirige pas forcément vers ce que j’ai envie de dire, mais je vais vers ce que la musique a envie de dire et cela me plait parfois de dire des chosesSpi-03 que je ne pensais pas vouloir dire au départ. Et parfois j’écris des choses que je ne comprends pas vraiment, ou bien que je comprends bien plus tard.. Je suis un peu tributaire de la forme musicale et SLA, comme OTH, me propose à nouveau une forme musicale porteuse de subversion. Le fond du message est le même mais je le dis maintenant sous une autre forme, avec des textes peut-être plus aboutis, des mots plus précis, il me semble. OTH, ça partait un peu dans tous les sens, ça tirait de tous côtés et mêmes des fois y’en a qui prenaient des balles perdues, des fois, c’était un peu du n’importe quoi aussi, et des fois c’était même des textes ambigus ou peut-être un peu dangereux selon comment ils étaient interprétés. Avec SLA je fais gaffe à ne plus faire ce genre d’erreurs et à être plus précis.

10 ans après, comment ça c’est décidé la reformation des Naufragés ?

J’ai rencontré le guitariste de Rémo à un concert de SLA, il est venu me voir et on a parlé des Naufragés, et il me dit que c’est con que ça se soit arrêté tout ça… Je lui réponds que de toutes façons c’était fini, parce que c’est vrai qu’à partir du 4ème album, je crois que les gens ont plus trop suivi la démarche du groupe, l’exploration menée. Et lui me dit «non c’est pas fini…». Il a pas eu trop de mal à me convaincre parce qu’il est vrai que j’ai toujours adoré jouer avec les Naufs. Fanfan, Sam, Beubeu et David Broucke, c’est quand même ma tribu, presque ma famille, et donc je me suis dit pourquoi pas ? On se ferait une petite tournée, pour voir, comme ça…Et en même temps je lui ai demandé de remplacer Beubeu qui était parti. Et ça a été la magie retrouvée dès le premier concert, donc allez! On y va! Et puis pour les nouvelles compos qui vont être enregistrées, j’ai réussi à retrouver l’esprit du chant de marin sur certains morceaux mais tout en évoluant quand même.

Un nouvel album donc ?

Je suis entrain de le mixer, c’est une horreur! Parce que mixer sa propre musique c’est hyper difficile. Tu connais tellement le truc à fond que t’as pas le recul, tu ne peux pas te rendre compte comment les gens le percevront. Par exemple, comme je connais le texte par cœur, je sais pas si la voix est trop forte ou pas assez, puisque moi je le comprends bien, je l’ai écrit, mais après y’a les gens qui arrivent derrière : «oh, la voix on comprend pas » et bing alors merde ! Donc c’est pour ça que j’envoie des mix un peu à tout le monde, à des gens que je choisi parmi les fans. Je me suis constitué une sorte de jury parmi les rencontres que j’ai faites au fil des concerts, ceux qui me suivent depuis le début capable Spi-04d’apprécier du OTH, du Nauf ou de La Gaudriole, donc qui ont l’esprit ouvert. Je prends leur avis très au sérieux parce qu’ils représentent le public avec tout le respect que je lui dois. Avant on les jouait souvent en concert avant d’enregistrer, donc j’avais ce retour instantané des gens. Mais là je peux plus le faire, avec les Naufs on répète plus comme avant, y’en a qui sont en Bretagne et tout ça, donc y’a fallu faire cet album avant de roder les morceaux sur scène. Alors je me suis dit, je vais faire différemment, je vais le présenter au public avant que ça soit fini.

Pour le projet ‘S.P.I.’, vous enregistrez juste 3 titres ou il y en aura plus ?

Ce projet est une collaboration avec Yo le batteur des « Brassens not dead ». A la basse on a Yann Gill, et à la guitare Romain (lui aussi des Brassens). Donc des killers, des fines gâchettes.
On va faire sortir des singles 3 titres au fur et à mesure qu’on crée les morceaux. Ca fait longtemps que j’ai ça en tête, j’en peux plus des albums qu’on sort tous les 2 ans. Je trouve que c’est pas rock’n’roll. C’est pas en phase avec la créativité des musiciens. Quand tu fais un album, disons 12 titres, déjà il te faut je sais pas combien de temps pour compiler les 12 titres, les enregistrer, que l’album sorte et que les gens l’achètent et qu’ils connaissent les morceaux, t’en as déjà marre de les jouer… J’ai toujours adoré les 45 tours, où tous les trois mois le groupe sort le truc qu’il vient de composer tout frais. J’avais ça en tête et Yo me dit «tu sais pour notre projet, je voudrais qu’on sorte des singles» Génial Yo ! c’est exactement ce que je pensais. Donc on va sortir que des singles, des 3 titres, on va en faire 5/6 je sais pas, enfin tout le repert’ comme ça et après on fera un coffret collector avec tous les singles. Et enfin on partira en tournée présenter le coffret sur scène, avec une putain d’envie de jouer ces morceaux enfin live.

Quelle est ta technique d’écriture ?

D’abord je note beaucoup. Des trucs qui me viennent, des trucs que j’entends dire, une phrase qui me plaît, je note pas mal de choses, je m’imprègne. Je me rends compte des fois que dans une conversationSpi-05 il y a un truc qui va m’interpeller et je sais que je l’oublierai pas, même si ça ressort parfois des années après, et même parfois des dizaines d’années après. Etrange… Souvent je pirate une idée. Quelqu’un est venu ce matin me faire écouter un morceau qui s’appelle La Faim, le mec il chante la faim, la faim, la faim… et moi j’aurais dit : « la faim…justifie les moyens », je rebondis sur l’idée, tu vois, ce genre de choses. Quoi qu’il en soit, je commence toujours par composer la musique, le texte vient après, pour moi les paroles sont secondaires. Pour écrire donc je fais tourner pas mal de fois le refrain dans ma tête. J’essaie de trouver les mots qui vont coller à la mélodie. La technique c’est ça, si j’arrive à trouver le titre ou le refrain, par exemple : La Faim Justifie Les Moyens, après c’est gagné, tout le reste va couler de source. T’imagines facilement ce qu’on peut dire avec un titre pareil. J’ai la dalle, je vais aller voler, je vais aller dealer : la faim justifie les moyens. Je m’en donne le droit parce que j’ai faim… Je peux dire aussi faire dévier l’idée de base sur un autre plan : «j’ai faim de toi donc je vais te courtiser sauvagement baby, te bouffer le cul», partir sur des trucs amoraux. Après le refrain, je vais commencer à bosser sur les couplets, et là ma technique c’est que je rédige sans m’occuper de la forme. Je ne cherche pas à mettre le nombre de pieds qu’il faut ou à trouver des rimes de suite. J’essaie de tirer le plus possible le fil conducteur, de dérouler le plus possible d’idées sans avoir à perdre de l’énergie sur la recherche du mot précis, la recherche du nombre de pieds ou de la rime. Ca je le fais dans un deuxième temps parce que là je sais que j’ai réussi à dérouler mon texte et à rester logique et cohérent dans le déroulement. Donc j’essaie de garder le plus possible de fluidité.
En fait, j’ai trouvé une façon de vivre qui est pas mal, c’est-à-dire ne jamais prendre plusieurs problèmes en même temps. Un par un. Donc le premier problème quand t’écris c’est de trouver tes idées et de savoir ce que tu veux dire, alors t’écris ce que tu veux dire. Deuxième problème, que ça puisse être chanté avec le phrasé, hop je mets le nombre de pieds qu’il faut, je cherche, des fois je prends le dernier couplet et je le mets en premier parce que c’est mieux de démarrer par la fin. Une fois que j’ai la matière c’est plus qu’une question de temps et de recherche, tout bête quoi. J’ai aussi des textes qui n’ont jamais servi parce que les musiques finalement n’allaient pas, donc parfois je tente de recycler ces textes, mais à condition que la musique les accepte.

Depuis le début d’OTH jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours dans tes textes ton attachement à ceux qui marchent en dehors des clous, un hommage aux gens qui décident de ne pas suivre la route qu’on leur a tracée. Est-ce que tu as l’impression que l’esprit de rébellion s’est perdu par rapport aux années 80 ?

Y’a un nouveau morceau des Naufs qui s’appelle Les Fugueurs, qui parle de ces jeunes qui s’étaient barrés à 13 ans pour suivre les concerts d’OTH, des Bérus, tout le truc alternatif. Il y avait quelque chose comme un appel. Et nous à ce moment on était au cœur de ce mouvement. Maintenant peut-être qu’il y a d’autres mouvements que j’ai pas suivi, peut-être qu’il se passe des choses dont je ne suis pas au courant, mais je n’en ai pas l’impression. Spi-06J’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de jeunes attirés par l’alternative : une autre façon de voir les choses, une autre façon de vivre, de se comporter. C’est mon but depuis toujours, c’est ce que je te disais, à un moment donné, le gamin à qui on bourre le crâne avec des valeurs hypocrites et malsaines, il faut absolument qu’il entende le message inverse, il faut que le gamin ait le choix entre les deux possibilités. S’il n’en entend qu’une, il va y aller, ou alors il va dans le destroy total, la défonce, et tout ça. Et nous ce qu’on propose c’est quand même quelque chose de plus sain. L’art quelque part, l’art abstrait qu’est la musique, permet de défocaliser de la matière, de se dire : ces vibra là me rendent aussi heureux que si j’achète une bagnole ou si je me casse le cul à bosser à l’usine pour me payer je sais pas trop quelle connerie, donc autant que j’écoute de la musique ou que j’en fasse. C’est ça le but aussi, se détacher du matériel et aller vers le spirituel. Le rock est un peu comme une religion. A un moment donné, à 13/14 ans, quand j’écoutais ça, c’était un choc, une révélation, presque comme quelqu’un qui rencontre Dieu. La révélation de quelque chose d’impalpable divinement excitant. Et pour les gens avec qui je jouais dans OTH ou les Naufs, c’était pareil, c’était une espèce de truc monumental, y avait rien d’autre qui comptait que ça. Et ça nous rendait heureux sans qu’on n’ait besoin de rien. Avec le rock, malgré que j’ai toujours pratiquement vécu dans la pauvreté, j’ai jamais été malheureux. Au contraire, je pense avoir vécu une vie féerique avec des gens extraordinaires venus de l’ordinaire, et pour un public exceptionnel, la force vive du peuple.

Y compris musicalement, dans toute ta discographie, il y a pas mal de chansons qui sont loin des clichés, avec par exemple, Sur Des Charbons Ardents…

C’est marrant c’est pas moi qui l’ai trouvé ce morceau. C’était le guitariste qui déboule avec ça un jour et j’ai sauté dessus. A l’époque je ne savais pas que j’adorerais un jour le trad. Et c’était un morceau non seulement qu’on a osé mais que les gens ont aimé aussi. Quand on le jouait à la fin du concert, tout le monde chantait ça, comme si on avait remis un peu de notre culture médiévale française, qu’on avait remis un peu de l’inconscient collectif de ce peuple dans une musique moderne et d’origine anglo saxonne. Et après j’ai continué cette recherche de mes racines avec les Naufragés, j’ai poussé encore plus loin avec les chants de marins et j’ai remonté le temps encore avec La gaudriole, et je vois comment ça a marché, et pas qu’en Bretagne, quand on joue du côté de St Etienne et tout ça, les gens ça les rend barjots! Y’a quelque chose de magique là dedans et Charbons Ardents, il a véhiculé cette magie.

Egalement avec des textes dans Salut Les Anges comme L’Homme-Enfant ou Le Fou Du Bois, où tu te situes loin de l’image virile qu’on peut se faire du Rockeur

Spi-NBDéjà je suis pas armé pour jouer les virils !!! Pour moi le rock’n’roll c’était aussi pour échapper à la virilité qu’on imposait aux garçons. T’avais pas trop le choix, c’était le sport, l’armée, des trucs durs, physiques. Mon père ou les parents de cette génération voyaient mal par exemple un fils dire je veux faire de la danse ou un truc comme ça. Tu vois, mon père m’aurait traité de pédé ou l’aurait pensé, sans qu’il soit forcément facho mais parce que c’était pas trop concevable à l’époque. J’ai pas le culte de ça, de la virilité, de la force, de la réussite et du pouvoir, comme à une certaine époque où le rock’n’roll était porteur de violence, de machisme, avec les grosses bagnoles, les femmes-objets et tout ça. Le punk et avant eux les hippies, c’était génial car ça démolissait ce côté-là. Je généralise mais le punk ça a été la fin des apparences. Se moquer des apparences et arriver crado, rejeter tout ce qui n’est pas essentiel et tout ce qui peut être nuisible aussi : la séduction, la corruption, le star système… Bon après ça a été récupéré, comme tout, mais pas tant que le reste. Ca reste un mouvement bien actif… Le rock alternatif en France c’était bien aussi à ce niveau là. Par exemple, au début avec OTH, avant qu’on rencontre des gens comme Babylone Fighters de St Etienne, on faisait la bise aux filles et on se serrait la main entre mecs, et puis on tombe sur ces gens-là qui se faisaient la bise entre mecs aussi, alors on s’est mis à faire pareil. En France, le mouvement alternatif c’était enfin la parité. Des nanas qui montaient sur scène pour jouer, qui allaient dans le pogo, y’avait plus la discrimination. Le public était respecté. On faisait gaffe au prix des entrées de concert. On faisait gaffe au service d’ordre, on le brieffait pour pas qu’il soit inutilement violent avec les mômes qui pogotaient. Le mâle dominant a été beaucoup visé. Ce qui est fascinant, c’est que l’évolution des fois, elle part d’un seul individu qui lance un truc et quand l’époque est propice, quand la maturité de l’humanité est propice à ce petit déclic, comme mettons se faire des bises entre mecs, ça va se répandre comme une traînée de poudre. C’est magique. Et quand c’est pas le moment, c’est pas le moment, tu fais la bise à un mec, tu te fais massacrer parce qu’on te traite de pédé et vingt ans plus tard tout le monde se fait la bise. Quelque part c’est assez rigolo l’humanité.

Tu fais souvent le parallèle entre la réalité et la féerie dans tes chansons, comme dans ton discours. Comment ça t’es venu de comparer autant le Peuple Humain avec le Peuple Invisible ?

Comme tous les gamins j’étais fasciné par les contes de fées, qui ne sont pas que des choses fleur bleue, le monde de fa féerie, si tu lis Tolkien et tout ça, c’est vachement sombre et dangereux. Le Seigneur Des Anneaux m’a beaucoup marqué. Et quand je me suis mis à la danse, la première fois où j’ai découvert le monde trad’ ici dans le Sud, on m’a amené à une fête dans les montagnes et ça a été comme un choc. Je Spi-08me suis retrouvé en pleine féerie en fait. Une fête dans un village dont personne parlait, y’avait trois mille personnes, ça drainait de partout, de toutes les montagnes, une fête complètement sauvage et presque spontanée, un besoin, tu vois. Et j’arrive et y’avait des musiciens, ça jouait dans la rue et c’était totale féerie. J’étais avec ma compagne, on était complètement électrisés. Et là j’ai commencé à me dire qu’on vit en féerie et qu’on s’en rend pas compte, on vit en pleine magie ! Regarde là, c’est pas de la magie ça? Sans déconner, tu te rends compte que là, toi t’es à Clermont-Ferrand et d’un seul coup t’as fais une espèce de téléportation, Clac! à coup de baguette magique, on discute en se voyant comme si on était dans la même pièce. Mais putain, regarde un peu autour de nous ! Dans la danse trad’, j’ai fait tellement de balétis, de fêtes… les Korrigans qui dansent dans les clairières, les cercles de feu, tout ça je l’ai vécu, ça se passe en vrai dans le monde du trad’. Le mouvement punk a ramené le Sabbat par le pogo. Le Sabbat était quelque chose de sûrement vital à une époque où c’était un exutoire à ce que les gens pouvaient vivre, au carcan mental qu’ils subissaient (peut-être moins que maintenant d’ailleurs), et ce côté presque libertin aussi. Il a été sévèrement interdit par les religions. Tout ce que pouvait véhiculer le Sabbat : la purification, le défoulement, le punk l’a ramené avec le pogo, avec le côté danse orgiaque tu vois. C’est le mouvement punk qui a ramené cette libération-là. Tu sais c’est utilisé en médecine : certaines thérapies de groupes. Et instinctivement, le pogo c’est aussi de retrouver la confiance. Et la confiance et la magie ne font qu’un. Ca c’est un truc que j’ai compris aussi. La confiance en soi, c’est ça la magie. Ca t’amène à pouvoir réaliser tout ce que tu veux, pas les trucs futiles qu’on te met dans la tête évidemment, mais ce que tu veux vraiment, tu le réalises. Là, ce que tu vois autour là, je sais pas si tu vois, je me suis fait une baraque de deux étages. Je me croyais pas capable de faire ça et puis à un moment donné, y’a eu ce coup de baguette magique, ça a été en fait physique, et je me retrouve quand même par un élan de volonté à avoir fait cette maison. Parce que j’ai eu confiance et qu’à un moment donné j’ai senti que je pouvais le faire. Parce qu’après, je réfléchissais et je me disais que si la magie c’était d’un coup de baguette magique obtenir instantanément ce qu’on veut, ça serait l’horreur. Ca Spi-07serait comme ces riches là, ils sont mort-vivants, ils obtiennent tout ce qu’ils veulent en claquant des doigts avec l’argent, y’a rien de plus morbide, c’est une boulimie de désirs, après ça te ronge, ça te bouffe l’âme. Si c’était ça la magie, ça serait pas la magie. La magie c’est justement la satisfaction de pouvoir faire quelque chose de toi-même, tout seul avec ton autonomie, et quelque chose qui te semblait impossible devient possible, tu l’as réalisé. C’est ça la vraie magie. Un jour j’ai voulu faire du bateau, j’ai eu un bateau, je sais pas comment ! Je sais pas comment j’y suis parvenu, j’ai eu un bateau et j’ai navigué. C’est une sorte d’appel à l’énergie. Mettre les énergies de son côté par la confiance. Tout en ce monde est énergie.

Donc dans ta vie, tous les jours, quoique tu fasses, tu fais ce parallèle avec la magie ?

Tout le temps, oui. Tu pars en concert, c’est la magie. Rencontrer des gens aussi intéressants tout le temps, c’est la magie. Parce que quand t’es passionné par le rock, c’est-à-dire une autre façon de vivre, tu rencontres des gens passionnés par la même musique, c’est une aventure fabuleuse. Tu fais de laSpi-09 musique fabuleuse avec des gens exceptionnels. Souvent, tu rencontres des rebelles, des gens qui n’ont pas baissé les bras, des gens qui pleurent encore, des gens sensibles et pourtant habitués à la vie rude, des gens qui ne se sont pas fait bouffer leur âme. J’en rencontre beaucoup, même si y’en a pas assez évidemment… des gens vraiment au-dessus, enfin au-dessus le mot est pas bon, des gens qui ont une certaine maturité et la maturité ça se gagne pas en une seule vie. Après c’est pas une histoire de croire aux réincarnations et tout ça mais c’est très logique. C’est hyper logique. Je rencontre des gens qui ont une telle maturité et d’autres une telle immaturité, il y a un tel écart, que je me dis que c’est impossible que ça soit en une seule vie. Ils sont tellement loin ! Des gens qui sont déjà dans la nouvelle ère alors que d’autres sont encore à l’âge des cavernes. Mais après j’ai pas de conviction là-dessus. Quelqu’un qui me dit après la mort, la vie s’arrête, je dis oui c’est une possibilité aussi. Y’a que deux possibilités en fait : soit on vit après la mort, soit on est mort. Y’en a pas d’autre. Bon, moi je me dis, si on meurt et qu’après y’a plus rien, alors plus rien n’a d’intérêt. C’est même pas la peine de se cultiver, autant y aller à fond dans la défonce, le viol, le pillage. Tu vois, la vie est dérisoire. Une seule vie, sortie du contexte dont je te parlais, c’est dérisoire. Donc je me dis, le seul intérêt c’est que la vie continue, puisque ce que je suis en train de faire, le travail que je fais sur moi d’évolution, de culture, de lectures, d’intérêt, de rencontres, d’écoute des gens, de respect et tolérance, je me dis que c’est dans le but que ça serve pour une prochaine vie. Sinon je m’emmerde pas. Sinon yahou ! Je vais dans les gangs et je vais faire des tournantes en fumant du crack! Alors, voilà, j’ai pris le cas de figure le plus intéressant de la vie : ce que je fais là ça me servira pour d’autres vie donc j’y vais à fond, j’essaie de faire le moins de mal possible. L’énergie renouvelable en quelque sorte. Tout est lié.

Spi-10Mais tu es quand même quelqu’un de très sensible…

Ouais mais j’arrive pas à imaginer que moi je suis supérieur aux autres ou quoique ce soit, je te jure, je me suis jamais senti exceptionnel, j’étais plutôt même médiocre. Au niveau de l’école, au niveau spirituel… J’ai mis du temps avant d’éclore, j’étais quelqu’un sans intérêt. C’est la musique qui m’a éveillé. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé à un moment donné, mais j’en suis venu à penser que personne n’est supérieur aux autres, simplement certains ont plus de vécu. En fait, un facho par exemple, quelque part c’est comme un p’tit frère qui a encore besoin de se prendre des décharges électriques, de mettre les doigts dans la prise, quelqu’un qui a dû subir de la violence pendant sa gestation, son enfance et qui n’a pu se construire qu’avec ça, bonjour le merdier gravé à vie dans ses cellules ! Et moi je ne me sens pas supérieur à lui, je n’ai pas vécu une enfance dans un contexte de violence ou peut-être c’est simplement que je suis plus âgé, j’ai mettons deux – trois mille ans de plus, donc je ne suis pas supérieur. Mais ça c’est tibétain, les tibétains disent que si un défaut te déplaît chez quelqu’un c’est qu’il est en toi, et donc ça s’appelle la tolérance, et oui même ça il faut le tolérer, parce que ces gens passent par là comme toi à une certaine époque t’as dû y aller aussi de la hache et du sabre et du viol à la hussarde, peut-être. Peut-être que toi aussi t’as été un facho. Peut-être même les conditions, des fois tu sais pas, tu tombes pendant une période de guerre civile et tu ne sais pas dans quel merdier tu vas te retrouver, tu vois ta famille se faire massacrer ou je sais pas quoi, après tu peux devenir un mec salement dégueulasse. Quand tout va bien et que c’est la paix et que tout le monde peut bouffer, c’est facile, mais je suis pas sûr que si j’avais vécu en Allemagne pendant la dernière guerre mondiale, je suis pas sûr que j’aurais pas eu peur des brigades, des SS et tout ça, et que j’aurais pas fermé ma gueule comme la majorité et fait le dos rond, tenté de passé inaperçu.

Question vocabulaire, c’est quoi un pendragon ?

Spi-11Uter Pendragon, c’est le père d’Arthur Pendragon. Les Chevaliers De La Table Ronde. C’est très chevaleresque, poétique, initiatique en fait. Le personnage de Merlin c’est très fascinant quand t’étudies. Il faut étudier les personnages, il faut lire vachement d’ouvrages. C’est le basculement du paganisme, enfin de l’ère préchrétienne, avec l’arrivée du Christ et de ces notions chrétiennes, et d’un seul coup la magie qui devient miracle. Ouais le passage de la magie au miracle, parce que Jésus lui, c’était les miracles. On n’a jamais dit que c’était un magicien! On a dit qu’il faisait des miracles. C’est peut-être le même magicien qui apparaît au fil des âges. Peut-être que Râ, Apollon, Bouddha, Jésus et Merlin, sont le même personnage qui apparaît au fil des millénaires et sert de guide sous une forme ou une autre selon le niveau d’évolution de l’humanité. A une époque on dit que c’est un magicien, à une autre époque on dit qu’il fait des miracles, et maintenant…

Et maintenant ?

Et maintenant on dit qu’il fait du rock’n’roll !!!!

Entretien réalisé par Ludi

DISCOGRAPHIE:

OTH :

.Classé X (1981)
.Musique Atteinte (45T, 1982)
.Pain de Guerre (concert Grenoble 1982)
.Cœur et Cuir (concert St Etienne 1985)
.Le Rap des Rapetous (45T, 1986)
.Sur des Charbons Ardents (1986)
.Animal fatal (45T, 1987) Spi-12
.Sauvagerie (1988)
. Le Vaisseau Fantôme (45T,1988)
.Le Live (concert St Brieuc 1988)
.Un Dernier Pour la Rue (concert Paris 1991)
.Anarchives (compil’ 1995)
.Le dvd d’OTH (doc’ et concert, 2014)

 

Les Naufragés :

Spi-13.Les Naufragés (1988 – réédité en 1994)
.Ca Baigne (1990)
.A Contre Courant (1992)
.Moi J’suis Parti (1993)
.Coup de Foudre (1994)
.En Concert (1996)
.La Cour des Miracles (1997)
.Les Diamants de l’Instant (compil’ 1997)
.Namasté (2000)
.Les Chansons Phares (compil’ 2013)
.Nouvel album sortie prévue début 2015

 

Spi et la Gaudriole:Spi-14

.En avant baléti! (2004)
.Tribalités (2007)
.Le Bal des Hérétiques (2010)

 

Spi-15Salut Les Anges :

.Salut les Anges (2011)
.365 Révolutions (2013)

 

 

En ‘solo’ (mais avec quand même des groupes!) :

.Spi et les Orphelines (1996)
.Spi et Brassens not dead (2 titres : Les passantes, Brassens punk rocker, 2014)
.S.P.I Primitif (3 titres : Traînée de poudre, No problemo, Primitif, 2014)
.S.P.I Amour Animal (3 titres, sortie début 2015)

 

Spi-Solo

Photos piquées : sur le site d’OTH, sur le site de Salut les Anges, sur le site de Label Amirale, sur gougueule images et dans mon appareil photo.

http://www.oth-legroupe.net/index.php

http://www.salut-les-anges.net/

http://www.amirale.com/spip/

Pour se procurer le single de S.P.I. contacter : yonotdead@live.fr

 

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