1907 : La révolte des gueux !

 

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Une des pancartes des viticulteurs de l’Aude, 1907
Carcassonne, Archives départementales de l’Aude

Ces événements verront naître les dernières grandes manifestations dans le domaine agricole. Cette crise du milieu viticole en Languedoc-Roussillon marquera à jamais la viticulture française, puisqu’elle est à l’origine : de la naissance des coopératives ainsi que de la Confédération Générale des Vignerons du Midi (C.G.V.M.), des lois encadrant la production et le marché des vins en France (déclaration des récoltes, réglementation sur le sucrage, contrôle sur le mouvement des vins), de la création du service de répression des fraudes , et de la définition légale du « vin naturel » (On pourra remarquer qu’à cette époque l’appellation : « Vin naturel » paraissait tout à fait logique).

De la vigne sauvage à la monoculture :

En France, c’est à partir de l’époque romaine que la vigne fût cultivée. Pendant des siècles, la production du vin était réservée à la consommation familiale, ainsi que pour les seigneurs ou les abbayes dont on dépendait. Il y avait très peu d’exportation. La vigne était cultivée par les plus pauvres sur des coteaux ou plateaux non irrigués. Au XVIIIéme siècle, une première tentative de monoculture viticole est remarquée, les paysans du Roussillon et du Fenouillèdes, plantent clandestinement des vignes sur leurs terres incultes mais aussi sur celles plus fertiles (à la place du blé), après avoir constaté que leur vin se vendait mieux que leur blé. Il faut savoir que les lois en vigueur interdisaient de planter des vignes sur les terres fertiles. Dés le XVIIIéme siècle le Roussillon connaît des difficultés pour la commercialisation de son vin, les viticulteurs sont nombreux à exiger d’importants droits de douane pour les vins espagnols. La première grande crise viticole est datée de 1780 à 1789.

Deux éléments vont permettre l’ascension de l’agriculture viticole, sous le Second Empire : l’alignement du blé des Pyrénées Orientales sur l’ensemble du blé français qui va entraîner un effondrement de la culture céréalière. La seconde raison n’est autre que le libre échange, lié à l’ouverture de nombreuses routes et à la croissance du chemin de fer. C’est donc à cette époque que sont transformés en vigne de nombreux hectares de terres irrigables. La commercialisation du vin permet aux gros négociants de prospérer sous le Second Empire, tandis que les viticulteurs, moins biens organisés, sont incapables de leur faire face et acceptent les prix qu’on leur propose. Le stade de la monoculture est atteins. En 1900, près de 80 millions d’hectolitres de vin (dont 10 million de vins de sucre) sont sur le marché français, qui n’en consomme que les deux tiers. Le négoce recherche essentiellement les vins importés et fabriqués, et délaisse ceux des petits producteurs.

Un fléau, le Phylloxera :

Ce petit puceron venu de l’Est des États-Unis aura son mot à dire dans l’évolution viticole française, et sera, indirectement, lié aux événements de 1907. Il apparaît pour la première fois en France, en 1863, dans le Gard (à Pujaut). Le seul remède est de reconstituer sa vigne, en la remplaçant par des souches américaines, sur lesquelles sont greffés des cépages traditionnels.

L’utilisation des plants américains, avec les travaux de greffe et de taille, représente une rupture avec les méthodes utilisées jusque là par les viticulteurs français. De plus ces nouveaux plants sont très sensibles aux maladies, contre lesquelles il faut lutter à grand renfort de soufre et sulfate de cuivre. Les coûts s’en ressentent, et les viticulteurs pensent pouvoir s’en sortir en accroissant les rendements, en multipliant les plants à gros rendements mais à faible degré d’alcool.

La recrudescence des intermédiaires douteux, les courtiers qui achètent la production aux cours les plus bas, la concurrence des grands domaines (36% de la production totale du midi en 1907) que la crise du phylloxera a renforcé, va nécessiter l’apparition de l’entraide, l’union. Le syndicalisme agricole apparaît en 1886, mais à cette époque il a surtout pour but l’achat des produits nécessaires à la viticulture, afin de s’opposer aux marges bénéficiaires des intermédiaires. C’est dans le même esprit que naîtra en 1907, le Syndicat Professionnel Viticole et Agricole de la Vallée de l’Agly et de la rive gauche du Têt. Le Crédit Agricole Mutuel voit le jour en 1901, à l’initiative des membres du Syndicat Agricole de Montiner. Juste avant les événements du Printemps 1907, naissent les deux premières coopératives à Bompas et à Baixas. Les viticulteurs n’arrivent même plus à compenser l’argent investi dans la production. Pour les plus petits c’est la ruine !

Les éléments développés plus haut n’expliquent qu’en partie la chute des cours. Pour le Ministre des Finances Caillaux, interpellé en Février 1907 à la Chambre des Députés par Emmanuel Brousse (député des Pyrénées Orientales) : « Sans doute, il faut réprimer la fraude et le Gouvernement ne manquera pas à son devoir, mais il faut essayer d’épurer et d’alléger la production en la débarrassant, pour partie, des gros vins qui encombrent le marché ».

Il est vrai que les viticulteurs du Midi n’auront pas réalisé le nécessaire pour améliorer la qualité de leurs produits. Dans le souci de reconstituer le vignoble, le plus rapidement possible (après la vague du phylloxera), les viticulteurs ont privilégié le rendement à la qualité. Ils n’ont pas songé à mettre en valeur les qualités de leurs vins. Ils s’étaient dit que le degré alcoolique suffirait à assurer l’écoulement de leurs produits. Pour cela les vins importés d’Espagne et d’Italie ont été frappé de droits élevés, mais personne n’avait pensé que l’Algérie aurait pu jouer le même rôle, en bénéficiant de prix à la production et de frais de transport réduit. Entre 1901 et 1907, 1/10 éme des vins écoulés en France viennent de l’importation, la plupart arrivant d’Algérie. Plutôt que de surproduction, il serait sans doute préférable de parler de mauvaise adaptation au marché, le vin étant un produit très demandé. « Boisson hygiénique », il est jugé indispensable aux travailleurs manuels, auxquels il apporte un supplément d’énergie. Cette boisson énergétique devient l’un des aliments de base de la population adulte, avec la bénédiction de certains savant comme Louis Pasteur qui y voit un excellent antiseptique, préférable à l’eau souvent peu potable.

Au début du XXéme siècle la consommation annuelle par habitant est supérieure à 120 Litres. Il y a bien la concurrence avec le cidre. Mais cela ne suffit pas à contrecarrer la diffusion du vin sur l’ensemble du territoire. La viticulture profite aussi de la Loi du 16 Juillet 1880, qui introduit la liberté d’établissement des débits de boisson. Il suffit d’une simple déclaration à l’administration pour ouvrir un troquet.

La Loi de 1889 autorise la vente de « vin de sucre » issu de la fermentation de marcs de raisin additionnés de sucre et d’eau. En 1900, la distillation des surplus est sévèrement encadrée. De 1900 à 1906, dans le Languedoc, la production de vin grimpe de seize à vingt et un millions d’hectolitres. En 1901, A la même période des vignerons de Maraussan s’unissent dans un système coopératif de mise en commun des moyens de commercialisation, puis de production. Malgré cela, pour vendre il faut des acheteurs et si la coopération va trouver son essor avec la crise de 1907, elle ne parviendra pas à endiguer les problèmes liés à la mévente générale du début du siècle. En 1902, de fortes gelées font baisser les volumes, incitant le gouvernement à adopter une série de lois en 1903. Le Gouvernement autorise l’ajout de sucre dans le vin d’importation pour élever à bon compte son taux d’alcool. Ce procédé se nomme « Chaptalisation » en l’honneur du chimiste Jean-Antoine Chaptal qui l’a mis au point. La même année une autre loi inspirée par les betteraviers du Nord baisse les droits du sucre (de 60F à 25F).

Un autre fléau, la fraude :

La récolte de 1906 n’a pas été très fructueuse et l’on ne peut donc pas parler de surproduction. Il y a donc bien une autre explication à la mévente des vins du Midi, et ce ne peut-être que la fraude. Il est vrai qu’elle est partout présente et bénéficie de complaisance de la part des autorités. Tous les moyens sont bons : mouillage (addition d’eau au vins forts), vinage (addition d’alcool aux vins faibles, aux piquettes), chaptalisation, confection de vin à partir de raisins secs. Du vin sans raisin est vendu aux Parisiens. Ce « vin » était réalisé à partir d’un savant mélange d’eau, de tanin, de glucose, d’alcool, de crème de tartre et d’extraits divers.

Quelques exemples de recettes de « vins de fraude » :

  • Recette N°1 :

  • Vin naturel = 3 Demi-muids.

  • Vin artificiel de sucre = 8 Demi-muids

  • Vin de rebut ou de lies = 11 Demi-muids

  • Eau de puits, acides divers = 3 Demi-muids.

  • Recette N°2 :

  • Eau = 100 litres, chauffée à 30-35°

  • Sucre = 10 Kilos

  • Lies de vin = 80 Grammes que l’on peut remplacer par des levures

  • Glycérine = 50 Grammes

  • Tannin = 15 Grammes

  • Colorants artificiels ou bois de sureau

  • Recette N°3 :

  • 1 Kg d’acide tartrique

  • 1 Kg d’acide citrique

  • 1 Kg d’acide sulfurique

  • 1 ou 2 Litres d’eau froide pour éviter l’explosion

  • 60 litres d’eau bouillante

  • Agiter pendant ½ heure, puis ajouter du moût de vin

Le sucre est le principal accusé, et l’on va même jusqu’à accuser le gouvernement de refuser toute nouvelle réglementation sous la pression des gros betteraviers du nord de la France, dont l’industrie est devenue très prospère tout au long du XIX éme Siècle.

Fraude, surproduction, importations, mauvais choix économique, impuissance des producteurs face aux négociants et aux propriétaires de grands domaines : autant de raisons qui s’ajoutent pour expliquer la ruine de la viticulture méridionale et poussent les uns et les autres à s’unir pour manifester leur colère, pour tenter de s’en sortir.

Les origines de la révolte :

Dans un Midi acquis aux valeurs socialistes et communistes, on peut assister, dés 1903, aux premières grèves d’ouvriers agricoles. Les syndicats agricoles autonomes se rassemblent en fédération et lancent des appels à la grève en réclamant des augmentations salariales et la diminution du temps de travail. Ces mouvements, bénéficient souvent du soutien des municipalités. En 1904 et 1905 le cours du vin est au plus bas et si les premiers rassemblements de viticulteurs se font ressentir, ils restent marginaux. La récolte de 1906 ne se vend pas alors que les cuves sont déjà pleines des années précédentes.

La plupart des propositions de loi présentées aux parlementaires sont rejetées par la Chambre entraînant déjà la démission de municipalités dans le midi. Avant 1907 (et notamment en 1906 avec l’accession de Clemenceau à la Présidence du Conseil), on assiste plus à des controverses politiques (entre socialistes, radicaux et royalistes) qu’à une véritable prise en compte des problèmes de viticulture.

Début 1907, à Baixas, la chute du cours du vin, les récoltes peu abondantes l’année précédente, furent les détonateurs de difficultés financières pour les viticulteurs qui ne purent payer leurs impôts. L’état fit intervenir les huissiers. En Février 1907, Joseph Tarrius (vigneron et pharmacien) fait parvenir une pétition signée des habitants de Baixas : «  La commune de Baixas, incapable de payer l’impôt, est sous le coup d’expropriation en masse. Il n’est qu’un impôt que nous puissions payer et que nous payons encore : l’impôt du sang ». Les Baixanenc passent à l’offensive avec la création d’une coopérative « socialiste » qui se nomme : « Les Prolétaires Vignerons de Baixas ». De plus le mot d’ordre de grève de l’impôt est lancé par le Maire (Joseph Tarrius) suivi des habitants de Baixas.

A la même époque, Marcellin Albert (viticulteur et cafetier de Argeliers dans l’Aude), envoi un télégramme à Georges Clemenceau : « Midi se meurt, Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, mari sans espoirs, enfants sans pain, mères prêtes au déshonneur, pitié ! Pitié encore pour nobles défenseurs républicains du midi qui vont s’entre déchirer dans combat sanglant. Preuve fraude est faites. La loi du 28 Janvier 1903 la favorise. Abroger cette loi, voilà l’honnêteté. Devoir gouvernement empêcher choc. S’il se produit, les clés ouvriront portes prison, pourront jamais rouvrir portes tombeaux ». Mais Georges Clemenceau ne donne suite à cette missive. Marcellin Albert va prendre la tête d’un mouvement qui ira en grandissant.

Du côté des politiciens :

Depuis 1889, le bloc des gauches, ne faisant qu’un, gouvernait la France. Les nombreuses grèves ouvrières mirent à mal cette alliance, et les socialistes choisirent le camp de l’opposition dés 1906. Les premières manifestations viticoles furent soutenues par l’opposition de droite et notamment les royalistes. De plus ces manifestations regroupaient aussi bien des ouvriers agricoles que des grands propriétaires. Les royalistes quand à eux, n’avait qu’un seul désir : prendre leur revanche sur les lois anticléricales des années précédentes. Les spécialistes pensent que le thème de la fraude a été insufflé par la droite et les grands propriétaires, tout en omettant de parler des autres causes du milieu viticole.

Marcellin Albert et le Comité d’Argeliers :

Marcellin Albert, est originaire d’Argeliers (Aude), petit village viticole à 15Km de Narbonne et 3Km de Mirepeisset. Il est orphelin de Père à 5 ans et abandonne l’école à 16 ans pour aider sa Mère à la vigne. A 19 ans il s’engage dans l’armée lors de la guerre contre la Prusse (1870), où il est affecté en Algérie. A son retour, il reprend la vigne familiale et se marie. Dans les années 1880, il est conseillé municipal, mais se lasse rapidement de la politique. Profondément républicain, sa réflexion politique n’a jamais été très loin.

Pendant une dizaine d’années, il tient le café de la place centrale du village, mais il n’a guère le goût pour les affaires. Sa véritable passion c’est le théâtre, et songe même à en faire son métier. Il aime jouer devant les villageois, et a même monté une pièce intitulée : « Marceau et la République ». Ceci lui vaudra le surnom de Marceau, des surnoms il en accumulera toute sa vie : « Lou cigal » (« seigle » en Occitan, car il était très brun), « l’apôtre », « Le rédempteur », « Le prêcheur des platanes», « le Roi des gueux »…

De 1900 à 1903, il réalise une campagne en faveur des produits naturels et contre le « vin de sucre », pour la distillation et contre la modification du régime des bouilleurs de cru qui la réglemente fortement. Les vignerons d’Argeliers le soutiennent, bientôt suivi par ceux de Sallèles et Coursan. Encouragé par ses succès, il va étendre sa propagande aux communes voisines, en profitant des jours de marché pour monter sur les tables ou même dans les arbres (d’où son surnom), mais personne ne le prend au sérieux.

AlbertMarcelin-A Argeliers                   marcelin-7

Marcellin Albert

En 1905, il lance une pétition réclamant la grève de l’impôt et la démission des corps constitués du Midi ; il lance un appel à contrecarrer les saisies qui se multiplient dans la région. Il obtient un faible succès dans les villages voisins, mais il est éconduit à Narbonne par le Maire (Le Dr Ferroul). Depuis un platane, il promet alors à la foule, de revenir avec 100 000 hommes !

En 1907, la crise est présente depuis sept ans. Marcellin Albert, est âgé de 56 ans, a fermé son café depuis deux ans et son unique combat est celui de la viticulture, son discours est le suivant : « Unissons-nous contre la fraude qui nous ruine et nous affame. Faisons trêve à nos discordes. Délaissons la politique. N’ayons d’autre préoccupation que celle de l’intérêt commun ».

Les 87 fous d’Argeliers :

La Commission d’Enquête dépêchée dans les départements du Midi est chargée à partir de Mars 1907, d’enquêter sur la production, le transport et le commerce des vins. Le 11 Mars, la Commission est attendue à Narbonne. Après avoir vainement tenté de mobiliser les viticulteurs Marcellin Albert décide d’aller à pied, remettre à la Commission, la pétition rédigée en 1905.

Petit à petit, une quarantaine d’habitants d’Argeliers se joignent à lui et prennent le chemin de Narbonne. En traversant les villages de Sallèles, Cuxac, le cortège croit. Une vingtaine d’autres ont pris le train et les rejoignent à Narbonne, c’est finalement à 87 qu’ils accueillent la Commission à la gare. La Commission, reçoit la délégation. Des députés promettent de tout faire pour leur donner satisfaction et les « 87 fous », vont défiler dans les rues de Narbonne en entonnant « la Vigneronne ».

 » La Vigneronne « 

Extrait de l’Opéra « Le Dauphin Charles IV » d’ Halévy.

Adapté par le docteur Senty et le pharmacien Blanc,

d’Argeliès dans l’Aude, compagnons du Comité de Marcelin Albert,

sur un texte de leur création.

Jadis tout n’était qu’allégresse

Aux vignerons point de soucis

Hélas! Aujourd’hui, la tristesse

Règne partout en ce pays (bis)

On n’entend qu’un cri de colère

Un cri de rage et de douleur (bis)

———————————————

Guerre aux bandits narguant notre misère

Et sans merci guerre aux fraudeurs,

Oui, guerre a mort aux exploiteurs,

Sans nul merci guerre aux fraudeurs

Et guerre a mort aux exploiteurs

Oui………………………

———————————————–

En vain on veut sécher nos larmes

Nous berçant d’espoir mensongers;

Les actes seuls donnent des armes

Quand la patrie est en danger (bis)

Tous au drapeau, fils de la terre

Et poussons tous ce cri vengeur (bis)

———–

C’est dans l’union qu’on aiguise

Les glaives qui font les vainqueurs,

Et la victoire n’est promise

Qu’à l’union des gens de coeur (bis)

Quand la bataille s’exaspère

Il ne faut pas de déserteurs! (bis)

De retour à Argeliers, avec quelques amis du village, Marcellin Albert crée le Comité de Défense d’Argeliers, qui aura un rôle déterminant dans la suite des événements. Le comité se dote rapidement d’un journal : « le Tocsin », dont le premier numéro paraît le dimanche 21 Avril 1907.

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Le Tocsin – (Archives Municipales de Narbonne)

Un succès grandissant :

La série des grands meeting viticoles organisés dans les principales villes du Midi débuta avec celui d’ Ouveillan (Aude) qui réunissait, le 18 Mars 1907, les villages de Mirepeisset, d’Argeliers et de Bize. La première réunion publique eu lieu à Sallèles d’Aude le 24 Mars. Elle est suivie de celle de Bize, le 31 Mars, et le Comité de Bize a été créé devant 350 manifestants. A partir de là, les meetings et manifestations vont s’enchaîner tous les dimanches dans les villages, puis les villes de la région, et vont finir par entraîner des foules énormes. Ces manifestations sont pacifiques. Le « Tocsin » sert de fil conducteur en paraissant tous les Dimanches. Les journaux locaux commencent à rendre compte du mouvement. Les Autorités (le Préfet), commencent un long travail de désinformation, ce sera leur méthode durant toute la crise, avant d’utiliser la répression.

Le 14 avril, c’est à Coursan qu’à lieu la première manifestation de grande ampleur avec 9 000 personnes. Le 28 avril, à Lézignan, ils sont 25 000. On compte le 5 mai, à Narbonne, entre 60 000 et 80 000 manifestants, dans une ville qui, à l’époque, n’a que 28 000 habitants. Le Dr Ferroul, soutient enfin le Mouvement. Marcellin Albert rappelle : « il y a 2 ans, j’ai promis à Ferroul de revenir avec 100 000 hommes. Les voilà ! ». Par référence au « Serment du Jeu de Paume », Les différents comités de défense viticoles créés dans les quatre départements s’unissent en confédération générale et énoncent le « Serment des Fédérés » :

« Constitués en comité de salut public pour la défense de la viticulture, nous nous jurons tous de nous unir pour la défense viticole, nous la défendrons par tous les moyens. Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première et, par ce faut, nous mettraient dans l’impossibilité d’obtenir gain de cause seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante ».

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Viticulteurs en colère, à Béziers – 12 mai 1907

Suite aux discours régionalistes et séparatiste prononcés en Occitan, le gouvernement s’inquiète de la tournure des événements. Le 12 mai, la manifestation a lieu à Béziers, elle compte 150 000 personnes ! Ernest Ferroul lance ‘un ultimatum au Gouvernement pour le 10 juin et promet une grève de l’impôt si rien n’a été fait pour provoquer le relèvement du cours du vin. Le lieu de la manifestation du dimanche suivant est fixé à Perpignan. Le record de Béziers est battu à Perpignan le 19 mai avec 170 000 manifestants. Pour la première fois, des délégations viennent d’autres régions du sud de la France. Chaque commune défile derrière des pancartes ou des bannières dont la plupart condamnent la fraude. La commune de Fitou promène une pancarte qui représente d’un côté un gros fraudeur ventru et cossu, de l’autre un petit fraudeur dépenaillé. Au-dessus du gros fraudeur, on lit ces vers écrits au vitriol (tiré de l’ouvrage : « Au pays des Gueux », écrit en 1907 par César Boyer et J. Payret) :

« En vendant du jus de la Seine

Coloré avec du poison

J’ai réussi sans nulle peine

A ramasser des millions.

Me créant un nom authentique

En ma qualité de fraudeur

Pour récompenser ma tactique

L’on m’a remis la Croix d’Honneur »

En dessous du petit fraudeur, ces quelques mots :

« J’avais vendu quarante sous d’allumettes pour procurer du pain à mes enfants. Cela m’a valu 300 francs d’amende et six mois de prison ! »

Le 22 Mai, Joseph Caillaux, ministre des finances, dépose un projet de loi sur la fraude en matière de vin qui prévoit – entres autres – la déclaration de récolte annuelle des viticulteurs, l’interdiction du sucrage en seconde cuvée et le contrôle et la taxation des achats de sucre. Le 26 mai, 250 000 viticulteurs manifestent à Carcassonne et passent sous des arcs de triomphe dressés sur leur passage par la municipalité où l’on peut lire cette inscription : « Salut à nos frères de misère », et dans une pluie de coquelicots jetés par le habitants depuis leur balcon. Le Dr Ferroul, qui commence à prendre de l’ascendant sur le Mouvement, a des idées plus révolutionnaires que Marcellin Albert qui se définit lui même comme un « paysan vigneron », qui n’a d’autre revendication qu’économique. Le 2 juin, contre toute attente, la manifestation de Nîmes bat le record de Carcassonne avec 300 000 personnes. Le Dr Ferroul radicalise son discours dans la fièvre de l’attente du 10 juin. Il menace de démissionner dès le soir du 10 juin avec tout son conseil municipal. Les manifestants sont conduits en trains spéciaux et à tarifs réduits. Par solidarité, un réputé marchand de sucreries Nîmois affiche : « le raisin pour le vin, le sucre pour les berlingots ! »

Manifestation-Montpellier

Manifestation à Montpellier le 09 juin.

La manifestation de Montpellier, le 9 juin, marque le dernier triomphe de Marcellin Albert. La loi Caillaux n’est toujours pas votée et le gouvernement fait la sourde oreille. La plupart des socialistes ont joint le mouvement. En accord avec le Dr Ferroul, le principe de la démission de toutes les municipalités du Midi est adopté. Le dr Ferroul prône la désobéissance civique. On voit maintenant des délégations venant de régions de France aussi éloignées que le Jura, et même d’Algérie. Tandis qu’à Alger 50 000 personnes soutiennent le mouvement. L’évêque Mgr Cabrières ouvre les églises pour y abriter pendant la nuit les femmes et les enfants. La proximité de la fin de l’ultimatum a amené à Montpellier pour cette dernière grande manifestation, une foule évaluée entre 600 000 et 800 000 personnes. Cette foule énorme représente 10 fois la population de la ville et les 3/4 de la population du Languedoc ! La manifestation se déroule calmement, et l’on constate une mutinerie dans un régiment Narbonnais : le 100e de ligne. Consigné au quartier depuis plusieurs semaines les soldats manifestent, le soir du 9 juin. Ils chantent l’Internationale. Le colonel est sanctionné, puis mis d’office, à la retraite. Malgré les appels au calme de Marcellin Albert, on sent que l’épreuve de force avec le Gouvernement vient de débuter. Les événements s’accélèrent ; la manifestation suivante, prévue à Paris, n’aura jamais lieu.

Qu’en pense le gouvernement ? :

Les événements du Midi ne troublent pas beaucoup les dirigeants parisiens, tout du moins au début de la crise, et ne sont que peu relayés dans les journaux nationaux. Clemenceau est devenu Président du Conseil quelques mois plus tôt, après avoir été Ministre de l’intérieur. C’est un homme habile, situé à gauche de l’échiquier politique, mais qui a de puissants appuis y compris dans certains milieux d’affaires. Il est extrêmement autoritaire et il révèle rapidement sa nature en écrasant les mouvements sociaux des mineurs du Nord. Il sait manier la Presse, sans pour autant lui imposer de censure. Clemenceau affirme qu’il fait le maximum, mais en réalité, le gouvernement tergiverse. Jaurès prend également la défense des vignerons du Midi, mais il est partagé entre les intérêts opposés des betteraviers du Nord, les bouilleurs de crus, et les vignerons. Le déclic pour Clemenceau est dû au ralliement du Dr Ferroul au mouvement, à son ultimatum pour le 10 juin puis aux démissions des municipalités du Midi et enfin aux mutineries ou désobéissances de certains régiments.

Le Docteur Ferroul et son ultimatum :

Le Docteur Ferroul est, avec Marcellin Albert, l’autre figure marquante du mouvement de révolte des vignerons du Languedoc-Roussillon. Né dans une famille modeste de la Montagne Noire, après des études de médecine à Montpellier , Ernest Ferroul s’installe à Narbonne où il devient le « Docteur des Pauvres ». A la suite de sa rencontre avec Jules Guesde, il adhère au socialisme. Très engagé à gauche, il est également franc-maçon. En 1888, il est élu député de Narbonne. A la Chambre des Députés, il rejoint l’extrême gauche et les sept autres députés socialistes. C’est en 1891 qu’il est élu Maire de Narbonne. Très actif mais aussi très virulent, il est battu en 1893 puis en 1898. Il perd la Mairie de Narbonne en 1897 et la re-gagne en 1902. Il est de nouveau élu député en 1899 suite à l’invalidation du député élu contre lui en 1898. En 1902, il démissionne de son mandat de député pour se consacrer à ses neveux orphelins et à la Mairie de Narbonne.

Le Dr Ferroul attendait autre chose de ce mouvement : une plus grande autonomie du Midi. Peut-être aussi souhaitait-il un rapprochement du Languedoc avec les Catalans de l’autre côté de la frontière. Il devint le premier président de la Confédération Générale de Vignerons du Midi, qui prendra par la suite une envergure considérable. Ses prises de position ultérieures sont assez éloignées du socialisme de Jaurès (campagne pour l’écrasement de l’Allemagne, engagement contre le Bolchevisme et refus de la IIIe Internationale Socialiste). Il meurt le 29 décembre 1921, un an après Marcellin Albert.

Ferroul            A bas les fraudeurs

Dr Ferroul

Le 10 juin, l’ultimatum du Dr Ferroul n’a rien donné et n’a débouché que sur un vague débat au Parlement. Le Comité d’Argeliers décrète la grève de l’impôt et demande aux municipalités de démissionner dans les deux jours. Quelques jours plus tard, le nombre de municipalités démissionnaires est au nombre de : 160 sur 439 dans l’Aude et 185 sur 340 dans l’Hérault, 88 sur 232 dans les Pyrénées Orientales et seulement 9 sur 331 dans le Gard. Le Dr Ferroul au soir du 10 juin, démissionne et fait remplacer le drapeau tricolore par un drapeau noir, symbole de deuil, au balcon de la mairie de Narbonne. Dans tout le Midi des drapeaux noirs sont hissés sur le fronton des mairies et la désobéissance civique est déclarée. Le 11 juin, Jean Jaurés, qui défend avec véhémence la cause des vignerons du Midi à la chambre des députés, dépose avec Jules Guesde un contre projet de loi prévoyant la nationalisation des domaines viticoles. Le 12 juin, Clemenceau envoie une lettre aux maires pour les intimider. Clemenceau a pris sa décision et il se prépare discrètement au conflit qui va suivre. Le 17 juin il mobilise l’armée pour rétablir l’ordre. 22 régiments d’infanterie et 12 régiments de cavalerie occupent la région. La gendarmerie reçoit l’ordre d’interpeller les leaders du mouvement. Albert Sarraut, député de Lézignan et sous secrétaire d’Etat à l’Intérieur tente une ultime démarche sans succès et, sachant que les décisions concernant les arrestations et les sanctions ont été prises, démissionne du ministère. Le Parlement ne parvient pas à décider de mesure d’apaisement, et encore moins à régler la crise. Le 100e de ligne a été évacué vers le Larzac fort discrètement. Les arrestations se préparent.

L’arrestation du Comité Viticole :

Clemenceau convoque les préfets des quatre départements du midi et leur demande de refuser la démission des municipalités. Les Comités quant à eux, décident, en présence du Dr Ferroul, de constituer des Fédérations départementales confédérées au niveau régional. Clemenceau convoque le procureur général de Montpellier et organise les projets de sanctions. Marcellin Albert, averti de son arrestation prochaine, part se cacher à Saint-Chinian. Il rentre quelques jours plus tard à Argeliers, où il se cachera dans le clocher de l’église.

Le 17e de ligne est déplacé de Béziers à Agde dans la nuit du 17 juin. Dans le même temps, de nombreux régiments et des renforts de gendarmerie convergent vers le sud. Des bâtiments sont réquisitionnés et les habitants évoquent un « état de siège » qui leur rappelle la Commune de Narbonne.

Le Dr Ferroul et la plupart des membres du Comité d’Argeliers sont arrêtés à l’aube du 19 juin, Marcellin Albert est prévenu et part se cacher de nouveau. L’affaire ne se passe pas sans heurts à Argeliers car 7 000 personnes ont convergé sur le village, mais aussi plusieurs escadrons de dragons, la cavalerie, 350 gendarmes et des policiers. A Narbonne, bien que protégé par plusieurs milliers de personnes, le Dr Ferroul est arrêté par la gendarmerie, les escadrons de cuirassiers et la cavalerie. Les prisonniers sont transférés à la prison de Montpellier. A Argeliers, on forme immédiatement en secret un Comité n°2.

Narbonne-Fusillade-20Juin             Narbonne-Fusillade

La Fusillade de Narbonne

Les fusillades de Narbonne :

Des échauffourées entre la population, les gendarmes, la police et l’armée éclatent un peu partout : Montpellier, Perpignan, mais c’est à Narbonne, que se produisent les plus graves incidents. Durant la journée du 19 juin, à l’annonce de l’arrestation du Dr Ferroul, des heurts ont lieu entre la population Narbonnaise et les cuirassiers, ainsi que les régiments de cavalerie. Si les régiments d’infanterie gardent leur calme, ce n’est pas le cas des escadrons de cuirassiers à cheval qui chargent sans ménagement. Harcelés par la population, ils s’en prennent même à des consommateurs assis à une terrasse de bar : un mort et de nombreux blessés graves. Le lendemain, les échauffourées continuent à Narbonne. L’affaire dégénère lorsque l’un des inspecteurs ayant arrêté le Dr Ferroul est reconnu, passé à tabac puis jeté dans la Robine. Il est repêché et ramené place de l’hôtel de ville par quelques centaines de personnes, qui s’avancent vers les soldats avec des mouchoirs en guise de « drapeau blanc » afin de leur remettre le blessé. Sans doute sous l’effet de la peur, sans sommation et sans ordre des officiers, les cuirassiers du 139e de ligne, se mettent à tirer sur la foule. On compte 5 morts, dont une jeune fille de 20 ans (Cécile Bourrel), et plusieurs dizaines de blessés, dont certains gravement. Les 6 morts de ces journées des 19 et 20 juin 1907 provoquent une énorme émotion dans la ville et dans toute la région. Les Narbonnais en guise de deuil, édifient des tumulus partout où un mort a été retrouvé. La flambée de violence gagne Perpignan où la Préfecture est incendiée, Montpellier, Lodève, où le sous-préfet est séquestré.

« Caliá de sang al Tigre per matar vinhairons»

(Il fallait du sang au Tigre [Clemenceau] pour mater les vignerons).

Ce vers est extrait du poème d’Yves Rouquette « Cecilia »

le 17eme-mutins

Béziers le 21 juin, les mutins du 17ème, crosses en l’air sur les allées Paul Riquet. [Archives municipales de Narbonne]

La mutinerie du 17e :

La mutinerie du 17e a été le déclencheur qui permis la résolution de la crise. C’est à partir de ce moment que les autorités parisiennes ont pris au sérieux le mouvement viticole. Le 20 juin, ce régiment vient d’être déplacé à Agde, et doit être envoyé à Rodez. En effet tous les régiments du midi sont jugés peu fiables par les autorités, car ils ont en leurs seins des fils de viticulteurs. Le souvenir de la désobéissance du 100e de ligne, chantant l’Internationale en regardant passer les trains ramenant les manifestants de Montpellier, est encore frais dans la mémoire des dirigeants.

C’est la première fusillade de Narbonne qui déclenche la mutinerie, les soldats ne sont pas encore au courant de la seconde fusillade et des cinq morts. Aidés d’une partie de la population, les mutins (environ 500), s’emparent des munitions, refusent d’obéir aux ordres et décident de se rendre à Béziers, afin de marcher sur Narbonne. Il y a environ 25 km à parcourir à pied, et cette marche durera toute la nuit ! Ils sont contactés tout au long de la route par des émissaires de la hiérarchie militaire, souvent accompagnés de troupes ou de gendarmes. Leur réponse est « On assassine nos parents. Nous allons les défendre ! ». Ils arrivent à Béziers, au petit matin. Ne sachant plus trop que faire pour se sortir de cette situation, ils entament une discussion avec des membres du 2e Comité d’Argeliers. Après avoir obtenu qu’il n’y ait pas de punition individuelle, tous se rendent et sont immédiatement embarqués dans un train. Au soir du 21 juin, ils arrivent à Gap, dans les Alpes. La population est au courant de leur équipée et leur réserve un accueil triomphale. Mais quatre jours plus tard, à la demande de Clemenceau, la punition collective arrive : le régiment tout entier est déporté en Tunisie (à Gafsa). Ils y seront décimés par la chaleur et les épidémies.

Le 22 juin ont lieu les obsèques de Cécile Bourrel à Narbonne, 10 000 personnes y assistent. « Ils demandaient du pain, on leur a donné du plomb » s’indignent les Languedociens. Suite au vote des parlementaires en faveur du gouvernement, l’Humanité titre : « la Chambre acquitte les massacreurs du Midi ».

 » Gloire au 17ème »

(de Montéhus)

Légitime était votre colère

Le refus était un devoir

On ne doit pas tuer ses père et mère

Pour les grands qui sont au pouvoir

Soldats, votre conscience est nette

On n´se tue pas entre Français

Refusant d´rougir vos baïonnettes

Petits soldats, oui, vous avez bien fait

{Refrain:}

Salut, salut à vous

Braves soldats du 17ème

Salut braves pioupious

Chacun vous admire et vous aime

Salut, salut à vous

A votre geste magnifique

Vous auriez en tirant sur nous

Assassiné la République

Comme les autres, vous aimez la France

J´en suis sûr même, vous l´aimez bien

Et sous le pantalon garance

Vous êtes restés des citoyens

La patrie c´est d´abord sa mère

Celle qui vous a donné le sein

Et vaut mieux même aller aux galères

Que d´accepter d´être son assassin

{au Refrain}

Espérons qu´un jour viendra en France

Où la paix, la concorde règnera

Ayons tous au cœur cette espérance

Que bientôt ce grand jour viendra

Vous avez j´té la première graine

Dans le sillon d´ l´Humanité

La récolte sera prochaine

Et ce jour-là vous serez tous fêtés

{au Refrain}

La disgrâce de Marcellin Albert :

Depuis la fin de l’Ultimatum et la démission des maires, les tueries de Narbonne, les charges des cuirassiers, l’omniprésence des gendarmes, des policiers et des militaires, et finalement l’arrestation des dirigeants du mouvement ont laissé la population en plein désarroi.

Après l’arrestation du Comité d’Argeliers, et pendant plusieurs jours, Marcellin Albert reste caché dans le clocher de l’église du village. En effet, il est persuadé que son arrestation déclencherait une guerre civile. Finalement, il décide d’aller se livrer aux autorités. Depuis le début du Mouvement, Marcellin Albert est conseillé par une cousine de sa femme, qui est suspectée d’être une espionne de Clemenceau. Elle suggère à Marcellin Albert, d’ aller se faire arrêter à la Chambre des Députés (à Paris), pour que son geste ait plus de poids. A son arrivée, il contacte le député de l’Aude : Félix Aldy, afin que ce dernier lui ménage une entrée fracassante à la Chambre. Le député Aldy, abandonnera Marcellin, à son sort.

Marcellin-Clemenceau

Marcellin Albert face à Georges Clemenceau

Marcellin Albert demande une audience à Clemenceau, un sauf-conduit arrive le lendemain. Marcellin, n’est pas de taille à lutter contre Clemenceau et il se fait littéralement embobiner en acceptant tout ce que lui demande ce dernier, au nom de la République. C’est une capitulation sans condition : Clemenceau n’a rien promis, rien lâché. Marcellin se voit même obligé d’emprunter un billet de 100F à Clemenceau pour pouvoir prendre le train du retour. Le Président du Conseil s’empresse de relater cet entrevue à la presse, en l’enjolivant. Marcelin Albert de retour à Argeliers expose sa nouvelle vision au Comité n° 2. Sa démarche auprès de Clemenceau et l’histoire du billet de 100F sont peu appréciées par les nouveaux dirigeants qui refusent d’arrêter le Mouvement. Ils demandent à Marcellin de se constituer prisonnier. Le 26 juin, il se rend à Montpellier où il est incarcéré. Le récit de son entrevue avec Clemenceau a fait le tour du Pays, Marcellin Albert est vu maintenant comme un traître.

Fin juin et début juillet, une série de lois et de décrets importants finissent par passer à la chambre. Ils interdisent la vente de vins fabriqués, ainsi que le mouillage. Ils réglementent le sucrage et la vente du sucre (surtaxe sur le sucre et obligation de déclaration par les commerçants de vente de sucre de plus de 25Kg), imposent la déclaration de récoltes et de stock, et donnent des moyens juridiques aux syndicats contre la fraude (ils pourront se porter partie civile dans les procès pour fraude). Le 15 juillet une deuxième loi sur la fraude vient compléter celle du 29 juin. Elle réglemente la circulation des vins et des alcools..

D’autre part, les régiments évacuent le Midi. Les prisonniers de Montpellier sont mis en liberté provisoire un mois plus tard. Alors que le Dr Ferroul fait un retour triomphale à Narbonne, Marcellin doit faire profil bas et échappe de peu au lynchage. Il décéde, seul et rejeté par tous le 12 décembre 1921.

Pendant l’été et l’automne 1907, Clemenceau n’en a pas fini avec le midi, vexations et répressions pleuvent : décorations pour les régiments ayant assuré la répression, punition des mutins, promotions pour les officiers les plus durs. Dans le même temps, la « Justice » a pris le relais de la Troupe et les inculpations pleuvent sur les participants au Mouvement : maires, membres des Comités, « meneurs », et jusqu’aux simples manifestants.

La fin d’un mouvement :

Début Août, sont mis en liberté provisoire les membres du Comité d’Ageliers, et le gouvernement décide de ne pas recouvrer les arriérés d’impôts (sur les récoltes de 1904 à 1906) pour les contribuables qui ne peuvent les acquitter. Ces mesures tardives sont pourtant suffisantes à éteindre peu à peu le mouvement. Le 03 septembre un nouveau décret est adopté : « Aucune boisson ne peut être détenue ou transportée, en vue de la vente ou vendue, sous le nom de vin, que si elle provient exclusivement de la fermentation alcoolique du raisin frais ou jus de raisin ».

Les viticulteurs ont compris que leur salut passait par l’union. Le 22 septembre naît officiellement la Confédération Générale des Vignerons du Midi (CGVM), à l’initiative des différents syndicats viticoles et des Comités Viticoles. Son principal but est la lutte contre la fraude et la protection des intérêts sociaux et économiques des producteurs. Le Dr Ferroul en est le premier Président et son siège est bien évidemment installé à Narbonne. Le « Tocsin » sort son dernier numéro le 15 septembre, et il devient le « Vendémiaire ». C’est l’aboutissement du Mouvement viticole et la CGVM jouera par la suite un rôle prépondérant dans la lutte contre les fraudes. Des dissensions se font jour, assez rapidement : les ouvriers agricoles n’adhèrent pas, les petits exploitants sont réticents. Le 21 octobre, un décret consacre l’appellation de « service de la répression des fraudes » et renforce ses fonctions, son autorité et ses moyens. Finalement, seuls les grands propriétaires furent satisfaits et la Lutte des Classes reprit ses droits. Les petits propriétaire, dès ce moment, commencent à s’organiser en coopératives, situation qui demeure encore aujourd’hui.

Dans le même temps, Le Dr Ferroul parvient à se faire réélire à Narbonne, mais est battu à la députation. Le drapeau noir de la mairie de Narbonne est finalement enlevé le 19 juin 1910, lors de la commémoration du troisième anniversaire des émeutes de Narbonne. Cette histoire se termine définitivement à la mort du Dr Ferroul à la fin de l’année 1921, quelques mois après Marcellin.

Je remercie les sites qui m’ont permis de réaliser cette page, ainsi que les auteurs des articles concernnés :

« Midi 1907, l’histoire d’une révolte vigneronne » – Nicolas Bon

« Crise viticole de 1907, Un événement marquant du XXe siècle »

« Le vin sur la scène de l’histoire » – Amancio Tenaguillo y Cortázar

« La Vigneronne » – Michel VERDIER

« La révolte des vignerons du Languedoc et du Roussillon » – Rémy Pech

« 19 juin 1907, La révolte viticole vire au drame » – René Castillon

« Histoire de Mirepeisset et de sa région, la révolte des vignerons de 1907 » – Ch. BOSCHET

« grèves du Midi viticole en 1907 » – Danielle TARTAKOWSKY/Rémy Pech /Jean Clavel

« Gloire au 17e »

« Un ataüt de pèiras en 1907 » – cessenon

–  « La révolte des vignerons » – Gerard Verhoest

« Révolte des vignerons de 1907 : les photos d’époque » 

John Hirsute

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